" /> José Bové - 29 janvier : L’Europe et les peuples, chronique d’une fâcherie

29 janvier : L’Europe et les peuples, chronique d’une fâcherie

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28 janvier 2011

« Bruxelles doit avoir un discours politique pour répondre aux préoccupations de ses citoyens », c’est le titre de la tribune que publiait José Bové dans Libé il y a quelques jours, en prévision du Forum de Grenoble où il interviendra aux côté d’Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères.



Dire que l’Europe est peu comprise et mal aimée de ses citoyens est un euphémisme. L’inverse serait surprenant. En 1950, le projet européen de Jean Monnet s’élabore dans un cénacle fermé à l’abri des citoyens. Si le spectre de la guerre sert de socle, les Etats se jettent dans cette aventure, non pas pour créer un espace de démocratie et de droits sociaux mais pour faire naître une zone de libre-échange. C’est sur l’acier, le charbon puis l’agriculture que se construit ce marché commun. Les peuples ne sont pas impliqués parce qu’il ne s’agit pas d’affaires qui concernent le peuple. Il faudra attendre 1979, pour que les citoyens soient consultés et élisent un Parlement européen (en remplacement d’une Assemblée européenne constituée de membres des Parlements nationaux) doté pouvoirs restreints. Les Etats, et en particulier les monarques de la Ve République, se sont toujours efforcés de limiter le rôle du Parlement européen. De traité en traité, les couches du mille-feuille ont été négociées dans le secret, sous la houlette des pays qui voulaient garder leurs prérogatives. De Maastricht à Lisbonne en passant par Nice, le décalage entre ce que les gouvernants ont construit et les aspirations des citoyens est allé en s’élargissant. Malgré le renforcement des pouvoirs du Parlement européen, le traité de Lisbonne, après l’échec du traité constitutionnel, a ajouté une couche supplémentaire incompréhensible et inutile. Nous avons un président du Conseil, une Haute Représentante pour les Affaires étrangères, un président de la Commission, une présidence tournante. Pour les peuples européens comme pour nos partenaires internationaux, l’empilage est incompréhensible. Qui tient la barre en Europe, qui donne le cap ? Dans les périodes de crise comme celle que nous traversons, l’Union européenne (UE), stérilisée par les égoïsmes nationaux est incapable de répondre aux difficultés. Les tergiversations sur l’aide à apporter à la Grèce puis à l’Irlande ont souligné l’incapacité d’imaginer une sortie de crise collective et solidaire. Le problème n’est pas trop d’Europe, mais pas assez d’Europe politique. Le chômage est la préoccupation centrale des Européens. Pourtant, la Commission, le Conseil et le FMI préparent des plans d’ajustement structurel pour rembourser des déficits budgétaires creusés pour soutenir les banques. Les Européens devront se serrer la ceinture, travailler plus longtemps, être payés moins, toucher de plus petites pensions. Ces politiques d’austérité drastiques risquent de plonger l’économie européenne dans une récession durable. A quand un Bruxelles de l’emploi, de l’harmonisation sociale et fiscale pour sortir des dumpings intra-européens ? En renforçant son budget propre l’UE pourrait investir dans l’avenir. Renforcer l’éducation des jeunes, lutter contre le réchauffement climatique, développer les énergies renouvelables, définir une politique des transports cohérente et efficace à l’échelle du continent nécessite des politiques intégrées. Pour sortir de cette impasse nous avons besoin d’un débat politique au niveau européen avec des alternatives claires qui donneront du poids aux bulletins de vote. Plus que jamais, les Etats-nations sont un frein à la prise en compte des aspirations des peuples. Une Europe fédérale, dotée d’un budget communautaire important nous offrirait cette bouffée d’oxygène. C’est en nous libérant des dérives souverainistes, et en affirmant des valeurs communes basées sur les droits fondamentaux, que nous créerons enfin les conditions d’une respiration démocratique qui nous sortira de notre léthargie. Pour que les citoyens s’approprient le rêve européen, il faudrait au minimum des élections européennes avec les représentations de partis européens et non nationaux qui détermineraient la nomination du président de la Commission.