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OGM : « La Commission passe en force »

Interview Libération / Christian Losson
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12 février 2014

José Bové dénonce une autorisation de l’UE plus politique que technique sur le maïs TC1507. Eurodéputé Europe Ecologie-les Verts, José Bové revient, pour Libération, sur l’autorisation prochaine d’un nouvel OGM dans l’UE.



Le maïs transgénique TC1507 devrait être autorisé par la Commission dans l’UE malgré l’opposition de 19 pays, du Parlement européen, et de la majorité des citoyens européens…
On est dans un système invraisemblable. La Cour de justice européenne avait, c’est vrai, fustigé le 26 septembre la Commission pour sa lenteur à statuer sur ce maïs transgénique. Elle n’a pas dit qu’il fallait l’autoriser, juste qu’il fallait donner une réponse. Mais, en dépit des doutes formulés par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Aesa), la Commission a décidé de passer en force. Or, elle savait très bien qu’il fallait une majorité qualifiée pour qu’une autorisation de culture soit retoquée…

Est-ce une première ?
C’est la première fois que 19 pays sur 28 se prononcent contre une autorisation d’OGM ; quatre s’abstenant (dont l’Allemagne). Et sur 5 Etats qui se sont dits favorables (Croatie, Royaume-Uni, Espagne, Estonie et Suède), un seul cultive les OGM ! L’Espagne !

La Commission veut-elle donner des gages sur les normes sanitaires dans la négociation en cours sur l’accord de partenariat transatlantique avec les Etats-Unis ?
Exactement. Elle ne veut pas faire de clash sur les OGM. Depuis 2010, elle avait tenté de mettre en place un nouveau processus d’autorisation, plus allégé, moins contraignant. Tout en laissant aux Etats la possibilité « pour des questions environnementales ou socio-économiques », de refuser. Sauf que primo, les frontières entre pays n’empêchent pas la pollinisation des OGM. Deuzio, la « concurrence libre et non faussée » n’existe pas entre deux agriculteurs bio, selon que l’on cultive, ou pas, des OGM dans son pays. Tertio, un tel refus peut être dénoncé à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a déjà condamné l’Europe pour son refus d’importer des OGM. Résultat, la Commission va donner une réponse favorable à l’européen Pioneer, filiale de l’américain DuPont, qui exploite ce TC1507, alors que les traités ne lui imposaient pas de le faire ainsi. Elle est face à un choix politique pas un choix technique…

Mais les Etats, comme France, qui s’opposent aux OGM peuvent bien faire valoir la clause de sauvegarde pour interdire la culture de ce maïs sur leurs sols, non ?
Oui, ils peuvent s’appuyer sur les recommandations de l’Aesa pour le faire. Mais la Commission veut à tout prix donner des gages au Canada et aux Etats-Unis dans un projet de traité commercial où, rappelons-le, des entreprises pourraient traîner en justice des Etats et leur réclamer des dommages et intérêts.

Ce nouvel épisode risque-t-il d’alimenter la défiance des citoyens vis-à-vis de l’Europe ?
Cela donne une vision d’une Commission autiste qui va contre l’avis de ces citoyens. Qui fait primer la logique des accords de libre-échange sur la défense du peuple européen.

A ce jour, quatre OGM ont obtenu une autorisation de culture, mais un seul est encore cultivé : le maïs MON810 de Monsanto. Pas les autres, deux maïs (le Bt176 et T25) et la pomme de terre Amflora… Tempête dans un verre d’eau ?
Non, les firmes continuent à pousser car le marché européen est le plus gros marché solvable. La mobilisation continue. Faudra-t-il retourner dans les champs européens pour faucher à nouveau des OGM ? L’Europe doit réaffirmer son refus d’en cultiver comme elle a refusé les hormones de croissance dans les élevages…

Recueilli par Christian Losson