" /> José Bové - Règlement bio : une réforme enlisée

Règlement bio : une réforme enlisée

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21 March 2017

Deux ans ! La réforme du règlement bio européen est enlisée depuis 2 ans. Bien que votée en 2015 par la Commission de l’Agriculture du Parlement Européen, elle n’a pas encore fait l’objet d’un consensus entre le Conseil (les 28 Etats membres), le Parlement Européen et la Commission.

Que les consommateurs, de plus en plus soucieux de la qualité de leur alimentation attendent! Et se contentent d’une réglementation non harmonisée, où chaque pays met en place son propre système de certification et de contrôle. Le poulet de chair anglais ne respecte pas le même cahier des charges que le poulet français ? Des seuils de présence de pesticides dans les produits bio sont imposés en Iltalie en Belgique ou en République Tchèque, mais pas dans les autres pays ? Consommez, les institutions européennes réfléchissent !

L’alimentation bio est en passe de devenir la nouvelle victime collatérale de l’incapacité des 28 à construire un projet européen fédérateur.

Alors, qu’est-ce qui coince ? Ce qui coince, encore une fois, c’est le choix de notre modèle agricole. Quand nous défendons des semences bio, adaptées au milieu plus qu’aux rendements, les géants de la semence veulent imposer leurs critères. Les pays du Nord de l’Europe (et les industriels) tentent de généraliser le bio sous serre, ce qui est inenvisageable pour ceux qui défendent le lien à la terre et au terroir. L’idée d’une obligation de résultats pour la bio, et non pas d’une obligation de moyens, peine à se faire un chemin. La proposition de création d’un fonds de compensation, alimenté par une taxe sur les pesticides, pour dédommager les productions bio contaminées par les produits chimiques (et donc déclassées), est en mauvaise passe.

​En attendant, le vieux continent est bien loin de fournir à sa population le bio qu’elle consomme. Le chiffre d’affaire du secteur est passé de 11 milliards d’euros en 2005 à 24 milliards d’euros en 2014. L’Europe, dont seulement 6,2 % des surfaces agricoles sont labellisées bio, est bien loin d’être en capacité de répondre à la demande. Conséquences : les transformateurs et les distributeurs ont de plus en plus recours aux importations, sans que l’on connaisse ni les produits, ni les volumes concernés, puisqu’aucune statistique n’est disponible. Qu’est devenue l’agriculture respectueuse de l’environnement et des hommes, locale, que paysans et consommateurs appelaient de nos vœux ? L’idée d’origine de la bio bien trop souvent dévoyée.

Sur ce sujet pourtant, l’Union Européenne n’a pas le droit à l’échec. Aujourd’hui plus que jamais, elle doit prouver qu’elle peut encore définir une politique agricole commune, car ne l’oublions pas, c’est un des principes fondateurs du Traité de Rome dont nous fêterons les 60 ans dans quelques jours.