" /> José Bové - Aider la Grèce coûte toujours moins cher au contribuable français que de payer l’EPR d’Areva à Flamanville

Aider la Grèce coûte toujours moins cher au contribuable français que de payer l’EPR d’Areva à Flamanville

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9 juillet 2015

Le Sénat a publié hier un rapport intitulé « les risques financiers pour la France inhérents à un éventuel défaut grec » . Il y est indiqué à la page 13 : « Si un défaut total (de la Grèce) venait à être constaté en 2015, le besoin de financement de notre pays serait accru de 11,4 milliards d’euros au titre de cet exercice (budgétaire)….." 

La veille nous apprenions par la presse française que depuis 2007 AREVA avait connaissance des anomalies de la cuve de l’EPR en construction à Flamanville. Le coût de ce sarcophage de béton que l’état français semble vouloir achever coûte que coûte dépassera les 11,2 milliards d’euros alors que le budget initialement prévu était de 3,3 milliards d’euros.Je me permets de faire cette comparaison pour deux raisons. La première est la capacité de l’administration sur certains dossiers à mentir pendant des années, sans que les responsables politiques ne bronchent. C’est une vérité à Athènes, comme à Paris ou à Berlin. Certains gouvernements de l’Union européenne qui tapent à bras raccourcis sur le gouvernement de M. Tsipras, devraient se garder de donner des leçons de morale. L’exemple d’AREVA dans l’Hexagone est on ne peut plus révélateur.

La seconde est que compter en milliard n’est pas chose aisée pour le commun des mortels. L’état français a prêté 11,4 milliards d’euros à l’état grec et pas un sous de plus. Cette somme est équivalent de ce que le lobby nucléaire français a capté pour faire sortir de terre l’EPR dont nous savons parfaitement qu’il ne sera jamais en activité car bien trop dangereux.Lorsque des politiques français déclarent que la France a prêté 42 milliards d’euros à la Grèce, ils énoncent un mensonge. Ils amalgament les 11,4 milliards dont je viens de parler avec les 30 milliards que le trésor français à apporter lors de la constitution du Mécanisme Européen de Stabilité. Pour donner un exemple simple et parlant, les parents qui se portent caution pour que leurs enfants puissent louer un appartement, ne devront payer quelque chose au propriétaire que si leurs enfants ne peuvent pas payer leur loyer. Ils apportent une garantie qui ne peut absolument pas être présentée comme une dette. La sortie de la Grèce de la zone euro serait une catastrophe aux conséquences imprévisibles et donc incalculables. Les premiers frappés seront les grecs les plus pauvres qui verront leur pouvoir d’achat divisé par deux du jour au lendemain. Les pays européens pourraient ensuite tomber les uns après les autres comme des domino. 

Arrêtons de faire croire aux gens que la catastrophe est inévitable. La volonté politique peut faire changer le cours de l’Histoire. M. Juncker et M. Tsipras ont montré hier au Parlement qu’ils étaient conscients des enjeux. M. Juncker, homme de droite, a rappelé qu’il ne demanderait jamais la baisse des retraites ou la diminution des bas salaires, et M. Tsipras considère qu’il a besoin de temps pour réformer un état clientéliste. Sans être d’un optimisme béat, je suis persuadé que cette crise peut être surmontée si le politique prend le pas sur l’économie, si les élus ne se laissent plus dicter l’avenir par des experts financiers.