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En Hongrie pour dénoncer l’accaparement des terres et la gestion honteuse de la Pac

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17 octobre 2012

José Bové était en Hongrie, début octobre, à l’invitation du LMP, formation politique membre observateur du Parti vert européen. L’occasion de constater les dérives d’un régime populiste et corrompu qui attribue des terres agricoles de l’Etat à ses proches et maintient une scandaleuse iniquité dans la distribution des aides de la PAC aux paysans hongrois. L’accaparement des terres ne concerne pas que la lointaine Afrique. Il frappe aussi au coeur de l’Europe.



La question foncière est au cœur des tensions en Hongrie. Héritage de l’ère communiste, deux millions d’hectares, soit près d’un quart de la surface agricole utile du pays, sont encore propriété de l’État lorsque Viktor Orban affiche pour son retour au pouvoir en 2010 l’ambition de les redistribuer, principalement aux petits paysans.

Maître d’œuvre de la réalisation du projet au ministère du Développement rural, Jozsef Angyan porte une orientation ambitieuse, proposant la mise en place d’une agriculture paysanne de proximité. Son modèle repose sur des fermes familiales de 40 à 50 hectares, avec des terres louées pour vingt ans à un prix modeste.

Mais l’homme d’État au projet généreux doit rendre les armes face à l’oligarchie au pouvoir : il démissionne en janvier 2012. L’organisme chargé de la gestion du foncier, au fonctionnement proche de celui de la Safer en France, sert avant tout les intérêts des proches du Premier Ministre.
Jour après jour, la presse hongroise et les partis d’oppositions dévoilent de nouveaux scandales. Les proches de Viktor Orban sont servis les premiers, et bien servis. Selon Jozsef Angyan, 80 % des terres distribuées l’ont été à des membres du parti au pouvoir – pourtant également le sien, le Fidesz – ou à des proches. Et de citer Lorinc Meszaros, maire de la petite ville de Felcsut, qui avec sa famille s’est vu octroyer plus de 1000 hectares de ces terres d’État. Felcsut n’est pas n’importe où : c’est dans la région natale de Viktor Orban ! Un autre cadre national du Fidesz, György Antalffy, a reçu avec sa famille 1.830 hectares…

Depuis sa démission en janvier, Jozsef Angyan ne cesse de dénoncer le détournement du projet initial par le clan au pouvoir. Il compte se battre au sein du Fidesz pour restaurer l’honneur de son parti, dévoyé par Orban à son seul profit et celui de ses affidés. Il a trouvé en Rebecca Szabo, jeune députée du LMP, une alliée pugnace, qui révèle jour après jour de nouvelles affaires.

Le pire de la PAC

La Hongrie est aussi le pays de l’Union européenne où les subventions de la PAC sont les plus inéquitablement réparties. D’après les chiffres de la Commission européenne, 100 exploitations gigantesques empochent 82 millions d’euros de subventions publiques chaque année, soit une moyenne de près de 800 000 € par exploitation. S’agissant d’une moyenne, il est permis de se demander ce que peut rafler l’exploitation agricole la mieux servie du pays et à qui elle appartient ? En bas de l’échelle, 132 000 petits paysans se partagent 82 millions d’euros…
Le gouvernement de Viktor Orban dispose pourtant de marge de manœuvre dans le cadre de la Pac pour corriger de manière significative ces scandaleuses inégalités. Mais il préfère laisser la situation en l’état et faire retomber la responsabilité sur Bruxelles et ses technocrates. Notons que les destinataires des terres anciennement d’État empocheront les aides Pac relatives à ces terres : Lorinc Meszaros et sa famille devraient ainsi recevoir 264.000 euros par an, György Antalffy et la sienne plus de 457.000 euros !

Du coup, les magouilles dans l’attribution des terres agricoles et les inégalités de traitement dans la distribution des aides de la Pac provoquent et entretiennent un climat délétère dans les campagnes qui fait le lit de l’extrême droite. Le parti Jobbik, violemment antieuropéen, xénophobe et ouvertement fasciste, surfe sur cette vague de mécontentement. Il profite des inégalités criantes pour embrigader les paysans dans des milices dont les dérapages sont de plus en plus dangereux et de plus en plus inquiétants.

Gagner un plafonnement significatif des aides de la PAC

La Hongrie est l’exemple le plus caricatural de la PAC actuelle. La réforme en discussion au Parlement européen pour la prochaine PAC (2014-2020) doit mettre un terme à ces inégalités scandaleuses. Le groupe des Verts-ALE propose de limiter à 100 000 euros le montant maximal des aides pouvant être perçues par une exploitation agricole. Cette mesure permettrait de récupérer la bagatelle de sept milliards d’euros par an en Europe, dont près de 800 millions pour la seule Hongrie.

Elle dégagerait ainsi des moyens conséquents pour de véritables programmes en faveur d’une agriculture paysanne. Elle soutiendrait la création et le développement d’emplois dans les campagnes, en favorisant l’émergence de petites et moyennes entreprises de transformation et en privilégiant les circuits courts de consommation ; ceux-ci ont le double avantage de permettre aux agriculteurs de mieux valoriser leur production tout en diminuant l’émissions de gaz à effet de serre générés par le transport de marchandise alimentaire d’un bout à l’autre de l’Europe.

Pourtant, de nombreux députés européens luttent pied à pied contre le principe même de plafonnement des aides PAC. Leur positionnement est honteux et dangereux. Quant à la proposition de la Commission européenne, un plafonnement à hauteur de 300.000 euros, il concernera si peu d’exploitations qu’il en perdra tout sens et en sera inefficace. A l’heure où une crise économique et sociale profonde frappe de plein fouet les 27 pays membre de l’Union européenne, le maintien d’une distribution des aides aussi injuste qu’actuellement ne fera que renforcer les partis d’extrême droite, et les prises de position souverainistes à courte vue.

Le sort des petits paysans hongrois nous concerne tout autant que celui des paysans de Corrèze ou de la Sarthe. Les eurodéputés écologistes appellent leurs homologues socialistes français à soutenir au Parlement européen leur proposition d’amendement pour un plafonnement des aides PAC à hauteur de 100.000 euros. Si le groupe social-démocrate – le deuxième par ordre d’importance au Parlement européen – s’engage dans cette voie, avec d’autres groupes plus modestes et quelques eurodéputés conservateurs sensibles à une meilleure équité dans la distribution des fonds publics, ce plafonnement est gagnable. Le ministre français de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, est bien entendu lui aussi appelé à relayer cette proposition au sein du Conseil.