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Glyphosate : La Commission Européenne s’assoit sur le principe de précaution

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1er juin 2016

C’est fait. La Commission Européenne vient d’accorder une autorisation de 18 mois au glyphosate (RoundUp), le temps que l’Agence européenne pour les produits chimiques se prononce sur la dangerosité de ce pesticide. Incapable de trouver une majorité qualifiée entre les Etats Membres pour voter pour ou contre une nouvelle durée d’autorisation, la Commission Européenne vient donc de s’assoir sur le principe sur le principe de précaution tout en désavouant son Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA).

Le principe de précaution implique la suspension de l’autorisation du glyphosate tant qu’il n’aura pas été démontré qu’il est sans danger. La Commission européenne fait l’inverse. C’est une décision inadmissible. L’affaire a pris de l’ampleur l’année dernière lorsque l’Organisation Mondiale de la Santé a revu sa position sur le glyphosate en considérant que cet herbicide était probablement cancérigène. Cette annonce a provoqué un tollé du côté des industriels de l’agrochimie qui vendent cette molécule sous de nombreuses marques différentes. Une alliance de circonstance a été mise en place entre Syngenta, Bayer, Monsanto et les autres multinationales de la chimie pour contrer cette remise en cause. Le glyphosate entre en effet dans la composition de nombreux herbicides et représente une part importante de leurs ventes de pesticides en Europe et donc de leurs profits. L’utilisation de ce produit dans le monde est si massive qu’on en retrouve traces de glyphosates chez pratiquement tous les habitants de la planète. De nombreux OGM ont été et sont développés pour résister à ce poison. Une interdiction du glyphosate par l’Union européenne bouleverserait l’ensemble de leur stratégie sur les semences génétiquement manipulées.

L’EFSA (Agence de Sécurité Alimentaire) continue d’assurer que le glyphosate n’entraine aucun risque pour les utilisateurs ou pour les consommateurs. Elle fonde sa position sur des études de toxicologie réalisées ou commanditées par les industriels eux-mêmes et qui contiendraient des données soi-disant secrètes, qui démontreraient son absence de toxicité. Dans ce cas quel est l’intérêt de cacher ces documents ? Le secret des affaires est mieux gardé que la santé des consommateurs. L’EFSA a par ailleurs le toupet de proposer aux Parlementaires européens de venir consulter ces études dans une salle secrète, comme celle utilisée pour jeter un œil sur l’état d’avancement des négociations sur le traité de libre échange avec les USA (TTIP ou CETA). Ils devront entrer sans téléphone, sans crayons, sans papiers, mais ne pourront pas révéler ce qu’ils ont lu. Inquiétante et scandaleuse application d’une pseudo transparence car en effet, sérieusement, combien de députés ont les connaissances scientifiques nécessaires pour comprendre ce type de travaux de toxicologie ?

Dans l’attente de l’opinion qui sera émise par l’Agence européenne des Produits chimiques, je demande aux Ministres françaises de l’Environnement et de la Santé de maintenir leur position et d’interdire en France la vente de pesticides fabriqués avec du glyphosate.