" /> José Bové - Ouest-France Salon de l’Agriculture. « Pourquoi je ne veux pas y aller »

Ouest-France Salon de l’Agriculture. « Pourquoi je ne veux pas y aller »

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3 mars 2016
L’article publié sur le site du quotidien Ouest-France

L’eurodéputé écologiste (EELV) José Bové accuse la Commission européenne d’emmener les agriculteurs dans l’impasse. Il demande à la France d’avoir le courage de se « brouiller » avec Bruxelles. L’eurodéputé écologiste (EELV) José Bové accuse la Commission européenne d’emmener les agriculteurs dans l’impasse. Il demande à la France d’avoir le courage de se « brouiller » avec Bruxelles
Recueillis par Guillaume LE DU

José Bové, eurodéputé écologiste (EELV), accuse l’Europe d’emmener les agriculteurs dans l’impasse. Il demande à la France d’avoir le courage de se brouiller avec Bruxelles.

Entretien

Pour la première fois, vous ne viendrez pas au Salon de l’Agriculture de Paris. Pourquoi ?

Le salon est en décalage avec la situation des paysans. C’est la vitrine d’une certaine forme d’agriculture et de l’agrobusiness qui participent de la crise agricole. Je ne veux pas y aller, je ne veux pas me retrouver au milieu de ça et entendre toujours la même propagande.

D’où vient cette crise agricole qui dure depuis un an ?

Une mauvaise gestion de l’offre et de la demande a créé une surproduction de lait et de viande en Europe. En 2013, lors de la réforme de la Politique agricole européenne (Pac), la commission agriculture du Parlement européen avait proposé, en cas de surproduction, d’encourager financièrement les exploitations agricoles qui réduiraient les volumes.

Le Conseil (réunion des chefs d’État ou de gouvernement) et la Commission européenne l’ont refusé. L’Europe a abandonné les outils de régulation. Le stockage n’apporte rien si, dans le même temps, on continue de trop produire. En 2015, l’Irlande a augmenté sa production de lait de 45 %

Les agriculteurs réclament des prix rémunérateurs…

Le prix est désormais uniquement mondial, ce qui pose aussi la question de la vente à perte. La commission agricole du Parlement a demandé son interdiction. La crise vient aussi d’une mauvaise répartition de la plus-value. En dix ans, la part revenant à l’agriculteur est passée de 30 à 20 %. Cela s’est fait au profit de la grande distribution et des industriels.

Comment faire évoluer la situation au bénéfice des éleveurs ?

La politique agricole européenne doit accorder des aides en fonction de ce qui est vraiment produit par les agriculteurs. Comme aux États-Unis ou au Canada. Le problème, c’est que l’Europe a découplé les aides, avec un paiement forfaitaire, quelle que soit la production. Mais elle est bien la seule…

Résultat ?

On monte les agriculteurs européens les uns contre les autres. L’ajustement de la production se fait par la loi du marché. De plus, la commission refuse d’augmenter les seuils d’intervention (1).

Pendant ce temps, on assiste à un « licenciement collectif » d’une partie des producteurs de lait. Le Commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan, ne parle que de chercher de nouveaux marchés à l’exportation : au Mexique, en Colombie. C’est dérisoire sur une question aussi fondamentale.

Que faire ?

La France doit avoir le courage de se « brouiller » avec Bruxelles afin de faire évoluer cette politique agricole. Il faut réguler au niveau européen : il y en a marre des égoïsmes nationaux. On déroule le tapis rouge à l’Angleterre mais, en revanche, on ne fait rien pour l’agriculture.

(1) Quand les prix descendent trop bas, en dessous d’un certain seuil, le lait qui ne trouve pas preneur est racheté par l’Europe.