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Agriculture et réchauffement climatique : les élus européens sont-ils sourds ?

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18 décembre 2014
« Measures at Farm level to reduce greenhouse gas emissions from eu agriculture »

L’année qui se termine aura été la plus chaude depuis l’invention du thermomètre et la mise en place des relevés météorologiques. La Conférence internationale sur le climat qui vient de s’achever à Lima n’a débouché sur aucune réelle avancée. Les représentants des états présents au Pérou reconnaissent qu’il faut faire quelque chose et rapidement, mais ne sont d’accord ni sur les objectifs ni sur les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre. Les zones d’incertitudes restent donc nombreuses. La crise économique tétanise de nombreux décideurs politiques incapables de mettre en place des mesures concrètes pour éviter un réchauffement planétaire supérieur à 2°C.

L’agriculture en Europe émet 10 % des émissions de gaz à effet de serre soit 464 millions de tonnes d’équivalent C02. Au Parlement européen en 2013, j’ai proposé avec mes collègues du groupe des Verts/ALE une série de mesures dans le cadre de la réforme de la Politique Agricole Commune pour limiter ces rejets dans l’atmosphère.

La rotation et la diversification des cultures, la mise en place d’un couvert végétal en hiver, l’introduction d’une légumineuse obligatoire, sont des mesures agronomiquement sensées. Elles permettent de réduire les apports en engrais azotés, de limiter la propagation des mauvaises herbes et des insectes qui causent des pertes de rendements sur les récoltes. Economiquement, elles offrent en plus, l’avantage de réduire les coûts de production pour les agriculteurs. Enfin, elles comptent parmi les mesures les plus simples à mettre en oeuvre et les plus efficaces pour réduire les gaz à effet de serre.

Les positions que nous défendions ont été validées par une étude scientifique publiée par le Parlement européen, « Measures at Farm level to reduce greenhouse gas emissions from eu agriculture », (disponible uniquement en anglais - Mesures au niveau de la ferme pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture de l’UE). Ce travail a été présenté à la Commission de l’agriculture du Parlement européen, début septembre 2014, soit juste après que la réforme de la PAC ait été votée. L’agriculture industrielle repose sur l’exploitation de ressources fossiles non renouvelables. Il y a donc urgence à modifier nos pratiques. Les quelques mesures pour le « verdissement » qui ont été finalement acceptées par les gouvernements sont loin d’être suffisantes pour avoir un impact réel.

Le nouveau Commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan, est venu le 3 décembre présenter sa feuille de route pour les cinq prochaines années aux députés de la Commission de l’Agriculture. Il s’est empressé d’annoncer qu’aucune pénalité ne sera appliquée en 2015 et 2016 aux agriculteurs qui ne respecteraient pas les mesures environnementales. Le message est clair et conforme à ce que M. Hogan a fait en Irlande lorsqu’il était ministre climato-septique : l’environnement ne compte pas parmi ses priorités et le réchauffement climatique encore moins. Les députés des groupes majoritaires (Sociaux Démocrates et Parti Populaire) ont salué cette initiative qui permettra, selon eux, à la ferme Europe d’être compétitive sur les marchés mondiaux.

Face à une réaction si positive de la plupart de mes collègues, je me pose une série de questions.
Ont-ils écouté ou lu les résultats de l’étude publiée par le parlement et réalisée à leur demande ?
Si oui, les ont-ils compris ?
S’ils les ont compris, pourquoi ne suivent-ils pas ses recommandations simples frappées au coin du bon sens ?
Pensent-ils que le réchauffement climatique et ses conséquences ne les concerne pas ou qu’ils trouveront les moyens de s’en prémunir individuellement ?

La prochaine Conférence sur le Climat se tiendra à Paris dans moins d’un an. Seule la mobilisation citoyenne permettra d’imposer aux femmes et aux hommes politiques de tous bords, les solutions indispensables à notre avenir commun.