" /> José Bové - Cessons de vouloir produire massivement et exporter

Cessons de vouloir produire massivement et exporter

Tribune de José Bové et Eva Joly, publiée dans terraeco.net
Thématiques > Agriculture > Cessons de vouloir produire massivement et exporter
2 mars 2012
http://www.terraeco.net/Pour-une-nouvelle-alliance-entre,42197.html

Luc Guyau, président indépendant du Conseil de la FAO, a terminé son intervention au Parlement européen le 24 janvier 2012 en déclarant : « L’Europe n’a pas vocation à nourrir le monde. » Cette affirmation que nous partageons est surprenante car elle est en opposition frontale avec le discours éternel de la FNSEA, syndicat dont il a été président pendant des années. Elle prend également le contre-pied des déclarations de Nicolas Sarkozy qui fustige les contraintes agro-environnementales qui, selon lui, briment les agri-managers français en les empêchant d’être compétitifs sur les marchés mondiaux. La déclaration de Luc Guyau est encourageante. Elle souligne que l’alimentation des 6 milliards d’habitants de la planète, et l’agriculture qui les nourrit, ne peut être correctement appréhendée qu’en ayant une vision globale des difficultés auxquelles nous sommes confrontées.



Des alternatives en vue

La liste des défis que nous avons à relever est longue : malnutrition, réchauffement climatique, érosion des sols, etc. Elle serait désespérante si nous n’avions aucune solution en vue, ce qui n’est pas le cas. De nombreuses initiatives réalisées par des groupements d’agriculteurs défrichent de nouvelles possibilités. L’élevage à l’herbe permet de se passer de la mono culture du maïs tout en limitant les émissions de gaz à effet de serre. Les paysans qui se sont lancés dans cette voie perçoivent moins de subventions de l’Union européenne que leurs voisins qui appliquent les techniques désuètes du productivisme imposées par l’agro-industrie.
Pourtant, nombre d’entre eux dégagent des revenus plus importants que leurs collègues et sont moins fragilisés par les fluctuations mondiales des marchés mondiaux (pétrole, engrais, aliments pour bétail). Des céréaliers, en mettant en place une rotation des cultures, réduisent l’utilisation des pesticides tout en améliorant la qualité de leurs sols. La recherche agronomique doit accompagner ces précurseurs dans ces démarches d’autonomisation. Des associations de consommateurs comme les Amap explorent également de nouvelles formes de contractualisation directe entre les paysans et les consommateurs.
Ces exemples montrent que le discours des zélateurs du productivisme rencontrent de plus en plus de scepticisme dans les campagnes. Un nombre croissant d’agriculteurs cherche à briser le carcan qui leur est imposé par l’agro-industrie et la grande distribution. Seuls, ils parviennent à démontrer la pertinence économique et environnementale des solutions qu’ils testent et perfectionnent chaque jour. Mais pour leur permettre de s’épanouir, ils ont besoin de nouvelles règles du jeu.

Il faut changer la PAC

La réforme de la Politique agricole commune (PAC) actuellement en débat au Parlement européen offre une possibilité de réorienter notre agriculture. Les décisions qui seront prises dés le mois de juin 2012 par le futur gouvernement influeront fortement sur l’avenir des paysans. Notre priorité est de restaurer la souveraineté alimentaire de l’Europe tout en garantissant une alimentation saine et abordable à nos concitoyens, des revenus équitables aux producteurs sans détruire nos ressources naturelles. Nous sommes persuadés que nous pouvons réussir en renforçant le pouvoir de négociations des paysans face aux multinationales de l’agro-alimentaire pour qu’ils puissent garder une part plus importante de la plus-value générée sur leur ferme. Il faut mettre en place des organisations des marchés efficaces pour éviter que la surproduction n’entraîne des baisses brutales des prix comme nous l’avons vu il y a deux ans dans le secteur du lait. La promotion de l’agriculture biologique doit être un axe prioritaire ainsi que la mise en place d’un plan européen de relance des cultures protéiques.

La productivité finit dans les décharges.

Pas moins de 40% des aliments produits par les agriculteurs finissent aujourd’hui à la poubelle à un niveau ou à un autre de la chaîne alimentaire. Le système de transformation et de commercialisation des produits alimentaires mis en place par une poignée de multinationales est totalement inefficace. Les circuits courts, la vente directe, la consommation de produits de saison doivent être relancés. La recherche agronomique ne doit plus se focaliser sur des gains de productivité marginaux qui finissent dans les décharges. Elle doit repenser l’ensemble de la chaîne alimentaire pour éviter les gaspillages de tous ordres.
Nous ne parviendrons à relever ces défis qu’en unissant les efforts des consommateurs et des agriculteurs pour mettre en place une politique commune agricole ET alimentaire qui préserve nos capacités de production dans le long terme. Une nouvelle alliance pour la souveraineté alimentaire, une agriculture de qualité et de proximité. C’est ce que nous nous employons à faire au niveau européen et français avec EELV (Europe Ecologie – Les Verts). Le renfort de Luc Guyau au niveau international nous montre que nous sommes loin d’être marginaux dans cette lutte.