" /> José Bové - Loup / Hybride du loup : à quand un suivi sérieux de l’espèce en France ?

Loup / Hybride du loup : à quand un suivi sérieux de l’espèce en France ?

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22 novembre 2017

Aujourd’hui, au cours d’une conférence de presse organisée à Grenoble, des éleveurs du Sud-Est, victimes d’attaques sur leur troupeau, ont rendu public les résultats des analyses génétiques qu’ils réalisent depuis plusieurs mois, suivant des méthodes différentes de celles employées par les services de l’État.

Ces éleveurs ont fait analyser par un laboratoire allemand spécialisé en génétique canine des prélèvements ADN qu’ils ont effectués sur les brebis tuées ou blessées. Leur méthode d’analyse, empruntée à la médecine légale, est celui du bon sens.

Ces résultats, auxquels j’ai eu accès, sont édifiants. Ils montrent la présence d’hybrides du chien et du loup dans les meutes installées. Sur le plateau du Larzac, ce sont ainsi 7 hybrides du loup qui ont été repérés lors des attaques, quand la préfecture de l’Aveyron ne détecte la présence que d’une louve !
Si le loup est strictement protégé en France dans le cadre de la Convention de Berne (1979) et de la Directive Européenne Habitat (1992), l’hybride ne l’est pas, bien au contraire. En décembre 2014, le Comité permanent de la Convention de Berne recommandait aux Etats de « promouvoir le repérage des hybrides du loup et du chien circulant dans la nature et de veiller à une élimination, sous le contrôle du gouvernement, de tels hybrides qui seraient présents dans les populations du loup ; de veiller à ce que l’élimination des hybrides du loup et du chien soit réalisée sous le contrôle du gouvernement, […]d’adopter les mesures nécessaires pour empêcher que des loups soient tués intentionnellement ou par erreur comme étant des hybrides du loup et du chien. » Qu’a donc fait la France ces trois dernières années pour appliquer cette recommandation de la Convention de Berne ?

Les éléments apportés aujourd’hui éclairent sous un nouveau jour nos connaissances sur la présence du loup. Ils renforcent la nécessité d’adapter le statut de protection du loup en France et en Europe. Depuis la signature des textes de protection, la population de loups a clairement augmenté. Il ne s’agit donc plus d’une espèce en voie de disparition. Elle ne doit plus désormais bénéficier du même régime de protection. C’est le sens d’une recommandation sur la biodiversité votée la semaine dernière par le Parlement Européen .
Les loups présents sur le territoire français seraient à plus de 90% non-hybrides alors même que chez nos voisins italiens, d’où notre population de loups est originaire, le taux d’hybridation est d’environ 40% . Les méthodes d’analyses de l’ONCFS (des prélèvements sur des traces de présence) et les chiffres avancés ne tiennent pas la route.

Nier la présence d’hybrides ne revient pas à mieux protéger le loup mais au contraire à accentuer le problème en cristallisant les tensions entre ses défenseurs et les éleveurs. Cette stratégie de l’évitement conduit à l’impasse : les discussions autour du nouveau plan loup n’aboutissent pas.
La France doit éliminer les hybrides chiens-loups et contrôler plus strictement la population de loups sur son territoire.