" /> José Bové - Brexit, les aveuglements du nationalisme

Brexit, les aveuglements du nationalisme

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28 juin 2016

« I want my money back » exigeait Mme Thatcher à peine entrée dans l’Union européenne. Le résultat du référendum sur la sortie du Royaume-Uni marque la fin d’une Europe basée sur les égoïsmes nationaux. Mme Thatcher a puissamment influencé les politiques de l’Union européenne au point d’imposer peu à peu le libéralisme et le grand marché qui lui convenait. Le reste elle n’en avait que faire. Elle a signé la partition suivie par tous ses successeurs au 10 Downing Street.

Le Royaume-Uni s’est ainsi exclu des accords de Schengen pour contrôler ses frontières. Il n’a pas voulu rejoindre la création d’une monnaie commune. Il n’accepte pas, voire combat, la régulation des marchés financiers et l’harmonisation fiscale, ce qui est tout à fait compréhensible vu que Londres vit des transactions financières et que la Finance représente plus de 10% de son PIB du Royaume-Uni. La Grande-Bretagne a tourné le dos à tous les projets européens. La campagne en faveur du Brexit a été mené par les populistes et les xénophobes anglais a joué sur les peurs et les mensonges.

Aujourd’hui Nigel Farage et Boris Johnsson se retrouvent avec non seulement leur « money back » mais également avec leur « country back ». Le pilote Cameron a quitté le navire et a ramené la voilure. Les nationalistes anglais sont totalement sidérés, presque paralysés par le résultat obtenu et surtout par ses conséquences qu’ils n’avaient ni prévues ni anticipées. La livre sterling a baissé de près de 9%, deux fois plus qu’en 1992 lors du Black Wednesday, un nombre important d’entreprises ont fait savoir qu’elles se délocaliseront pour rester au sein de l’Union européenne. La bourse britannique dévisse. Le Royaume-Uni est déclassé par les agences de notations qui lui ont toujours servi de boussole. Il voit ses taux augmenter pour rembourser sa dette publique qui sera payée in fine par les contribuables anglais.

Les partisans du LEAVE ont accusé l’Union européenne de maux dont elle n’est pas la cause. Oui le système de l’éducation Outre-Manche est particulièrement cher et inégalitaire. Ce n’est pas la faute à Bruxelles mais à Westminster. Oui le délabrement des services de santé est une réalité mais ici également c’est le résultat de choix britannique et non pas d’un soi-disant travail de sape de l’Union européenne. Oui, les réfugiés cherchent à aller à Londres, mais une fois encore, ce n’est pas la faute à l’UE puisqu’ils n’ont pas voulu de Schengen.

Le Brexit ouvre de nouvelles voies car effectivement si nous voulons peser sur notre destin nous devons lutter contre des multinationales qui sont pour certaines plus grosses que des états et qui réagissent mille fois plus vite. Nous savons que le défi majeur auquel nous devrons faire face est le réchauffement climatique qu’aucune frontière n’arrête. Les enjeux de demain demandent une plus grande coopération et non pas un repli nationaliste.