" /> José Bové - Glyphosate : un dossier qui empoisonne Commission et Etats-Membres

Glyphosate : un dossier qui empoisonne Commission et Etats-Membres

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19 mai 2017

Mardi dernier, la Commission Européenne a annoncé la réouverture de la discussion avec les Etats-Membres, en vue d’un éventuel renouvellement de l’autorisation de commercialisation du glyphosate, cet herbicide omniprésent à la base du Round-up de Monsanto.

La procédure est un exercice d’équilibriste politique périlleux, comme l’Europe des 28 en a l’habitude et la maîtrise. L’EFSA, l’agence européenne de sécurité des aliments, institution indépendante, a rendu un avis positif sur la réautorisation du désherbant. La Commission européenne, au regard des traités de l’Union et des règles de l’OMC, va devoir asseoir politiquement sa décision, quelle qu’elle soit, sur une majorité qualifiée des Etats-Membres. Or régulièrement sur ce type de dossier hautement sensible, aucune majorité qualifiée ne se dessine. Trop souvent les Etats-Membres se cachent derrière leur petit doigt pour laisser la Commission en première ligne. Qu’il est simple de renvoyer la faute à Bruxelles, quand on est à Paris, à Berlin, à Rome ou à Madrid !

Nous devons donc arracher une décision politique dans laquelle nous devons faire peser l’inquiétude grandissante des européens et leur défiance vis-à-vis de la firme Monsanto. Cette opposition s’est notamment structurée via le lancement d’une Initiative Citoyenne Européenne contre le glyphosate, un droit de pétition démocratique dont les institutions européennes sont dans l’obligation de se saisir. Cette ICE, lancée par une quarantaine d’organisations est en passe de récolter en un temps record le million de signatures nécessaires. Ainsi, chacun, nous pouvons agir pour construire ce rapport de force et contraindre nos gouvernements à l’action (si ce n’est déjà fait, vous pouvez participer ici). Côté français, Nicolas Hulot le nouveau Ministre de la Transition écologique et solidaire devient donc le porte-parole des dizaines de milliers de signataires français.

Outre-Atlantique aussi, le glyphosate a aussi du souci à se faire : 500 victimes de cancers ont assigné Monsanto devant la Cour fédérale de Californie, pour manque d’information sur le risque qu’ils encouraient en utilisant ses produits. Ils ont apporté la preuve que cette entreprise connaissait depuis longtemps la dangerosité du glyphosate pour la santé humaine. C’est dans le cadre de ce procès en cours que les « Monsanto papers » ont été révélés. Au cœur du scandale, des e-mails échangés en 1999 qui montrent que des experts de Monsanto ont très sérieusement tenté de faire rédiger une étude scientifique par un chercheur de renom en achetant son impartialité. Une escroquerie sur laquelle l’EFSA se base en partie pour évaluer la substance...

Le Commissaire européen à la santé, Vytenis Andriukaïtis, a déclaré début mai au Parlement européen que « s’il est prouvé que les études sur le glyphosate ont été falsifiées ou déformées, l’évaluation devra être réexaminée immédiatement ». C’est bien le moins qu’il puisse faire ! Suspendre la décision à l’arbitrage d’un juge californien n’est pas satisfaisant. Face à cette situation, le Commissaire devra agir pour que l’Union européenne lance des poursuites contre Monsanto. La Commission devra enfin mener une étude globale sur l’impact du glyphosate, non limitée aux données fournies par Monsanto.