" /> José Bové - Terres virtuelles et importations

Terres virtuelles et importations

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27 mai 2010

Derrière chaque kilo de soja produit, se cache le morceau de terre sur lequel il a poussé. Il en va naturellement de même pour l’ensemble des productions. L’Europe est à l’heure actuelle le premier importateur de produits alimentaires bruts. La facture qu’elle a acquitté l’année dernière atteint la bagatelle de 46 milliards de dollars (132 milliards d’exportations contre 178 milliards d’importations). La Chine arrive en seconde position avec des importations nettes qui s’élèvent à 45 milliards de dollars.



Derrière chaque kilo de soja produit, se cache le morceau de terre sur lequel il a poussé. Il en va naturellement de même pour l’ensemble des productions. L’Europe est à l’heure actuelle le premier importateur de produits alimentaires bruts. La facture qu’elle a acquitté l’année dernière atteint la bagatelle de 46 milliards de dollars (132 milliards d’exportations contre 178 milliards d’importations). La Chine arrive en seconde position avec des importations nettes qui s’élèvent à 45 milliards de dollars. Pour l’Union européenne, les importations de soja brut, représentent 14,5 million de tonnes, les aliments pour le bétail à base de soja, 23 millions de tonnes et le reste 5,5 millions de tonnes. A ces quantités faramineuse, il convient d’ajouter 10 millions de tonnes de maïs qui pour l’essentiel vont également terminer dans les rations des animaux. Au total, 47,5 millions de tonnes de produits agricoles destinés à l’alimentation animale arrivent dans l’Union européenne. Peu étonnant que les élevages hors-sols se soient concentrés autour de ces zones portuaires (Danemark, Nord de l’Allemagne, Pays-Bas, Bretagne, Catalogne, Pays-de-Loire…..) Environ 32 millions d’hectares sont donc nécessaires pour la production de telles quantités. En d’autres termes, l’agriculture de l’Union accaparent une fois et demie la surface agricole cultivée de la France en dehors de ses frontières pour assurer l’alimentation de ses habitants. La plupart de ces terres virtuelles sont situées dans le cône sud de l’Amérique Latine (Brésil, Argentine, Paraguay, qui est devenu en quelques années le pays du soja). Le modèle agricole européen est complètement déséquilibré, il participe activement à la déforestation des grandes zones forestières de l’Amérique du sud que ce soit dans le Mato-Grosso, ou le bassin amazonien. Il impose également un modèle agricole au-delà de ses frontières qui favorisent les grandes exploitations productivistes de monocultures aux dépends de l’agriculture vivrière et locale des familles paysannes. Les décisions prises à Bruxelles sont donc lourdes de conséquences pour des personnes vivant sur d’autres continents. Une telle dépendance fragilise la sécurité alimentaire de l’Union sans parler de sa souveraineté alimentaire. L’alimentation, comme l’ont clairement rappelé les émeutes de la faim qui ont secoué et ensanglanté plus de 40 capitales dans les pays du sud au moment ou les prix internationaux étaient les plus élevés au printemps 2008, est une ressource absolument indispensable à la vie humaine. L’Europe a toujours été fortement tributaire des importations d’aliments pour bétail, plus pour des raisons politiques que pour des raisons agronomiques. Elle s’est en effet engagée lors de la créatif de la PAC en 1957, à laisser entrer sur sol sans les taxer les tourteaux de soja et d’autres protéagineux d’origine américaine. En 1973, suite à une récolte catastrophique, les États-Unis décide unilatéralement un embargo. L’élevage européen, déjà dépend à 88 % des importations, est frappé de plein fouet. Cette décision aura un impact sur la hausse subite des produits alimentaires en Europe et sera un des déclencheurs de l’inflation. L’accaparement direct des terres par des multinationales et par des États est une des composantes de l’appropriation des sols. Les importations et les terres virtuelles qu’elles camouflent participent également à spolier les petits paysans de leurs moyens de production. L’Union européenne doit profiter de 2013 et de la réforme qu’elle prépare pour corriger ces grands déséquilibres.