" /> José Bové - « La culture, nourriture de l’âme ! Nous sommes ce que nous mangeons ! »

« La culture, nourriture de l’âme ! Nous sommes ce que nous mangeons ! »

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14 avril 2014

Le mouvement citoyens des artistes est porteur d’autres mouvements. En dénonçant la précarité aggravée par les dernières négociations entre le MEDEF et les syndicats, du régime d’intermittence de l’assurance chômage, en France, ce rassemblement met en évidence les fractures entre les systèmes et les sociétés qui sont les composants de notre espace commun.
La culture rassemble nos manières de vivre, de penser, notre langue, notre espace de vie, notre architecture, notre art visuel, notre littérature etc. Elle ne se réduit pas à la création artistique qui n’est qu’une de ses composantes.

Le financement du champ culturel en France se fait de façon verticale, les producteurs sont aussi les diffuseurs. Le financement de l’agriculture s’exerce de la même manière.
Ainsi, alors qu’on voit naître une production culturelle de masse, la production agro-alimentaire grandit dans les mêmes proportions avec les dérives que nous connaissons, nous obligeant à rappeler aux citoyens consommateurs la provenance des produits alimentaires venant de l’agriculture alors que dans les faits il s’agit d’une production industrielle.

Les paysans à qui on demande de plus en plus de compétences et d’efforts se retrouvent pris au piège de la surproduction et plongent dans la précarité. Le milieu culturel, lui, se retrouve dans la même posture, on a jamais autant produit de biens culturels et on a jamais produit autant d’exclus au sein d’un secteur composé de gens de plus en plus diplômés. La raison est simple, produire toujours plus, en limitant les coups de production au risque de creuser un sillon de plus en plus profond au profit des investisseurs internationaux immoraux et aux idées populistes de tous bords.

Par conséquent, si on veut retrouver une équité et valoriser les biens les plus nobles de l’Homme que sont la nourriture et les arts, nous devons remettre ces notions au cœur de notre société moderne. Alors qu’on ne peut accepter l’entrée des OGM et du poulet au chlore sur le marché européen, nous devons refuser l’industrie culturelle venue des gros majors de la production qui portent en eux la destruction du lien social et la réduction du bien culturel à un divertissement.

Nous devons redonner aux artistes la gestion de leur production et aux paysans leurs terres. Sans doute, les compétences des uns et des autres sont beaucoup plus respectueuses de leur environnement que ne le sont les investisseurs de « la production de masse ».

Hors, ce n’est pas cette idée de guerre des inégalités que nous défendons quand nous pensons Europe, mais bien à une Europe des peuples et des cultures qui partage des convictions communes et tend vers un système démocratique, solidaire et humaniste.

Les accords transatlantiques actuellement négociés dans le plus grand secret par quelques fonctionnaires de la Commission européenne apporteront la destruction à court, moyen et long terme de nos espaces de vie, de nos cultures et de notre diversité.

Soyons attentif aux propositions citoyennes, qu’elles viennent aussi bien de la culture du vivant que du spectacle vivant. En ce sens, l’exemple des circuits courts de production est une ressource de créativité et de diversité qui peut s’inscrire dans le temps et être porteuse d’une nouvelle société à la fois plus humaine, proche et enrichie des modes de communications que nous avons à notre porté.

Photo : Used under creative commons license from Carol Moshier