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En pleine actualité de piratage informatique mondial, les blockchains et les bitcoins déboulent au Parlement

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16 mai 2017

En pleine actualité de piratage informatique mondial, les blockchains et les bitcoins déboulent au Parlement dans la plus grande discrétion, avec le vote d’un Rapport sur les Techniques Financières, FinTech dans le jargon des technophiles.

Ce rapport d’initiative est une première en Europe. Il vise à encadrer le développement des bitcoins, des blockchains et autres smart contrats qui sont déjà là bien présents.

Je voterai contre ce rapport car j’estime que nous ne sommes pas tenus en tant que législateur de foncer tête baissée dans toutes les technologies qui nous sont proposées sans demander une évaluation qui ne soit pas basée sur la béatitude et sur l’idée que si nous ne le faisons pas rapidement d’autres le feront à notre place.

La Rapporteure, Madame Cora van Nieuwenhuizen, propose à la Commission européenne un encadrement light et minimum de nouvelles technologies financières pour ne pas freiner leur mise en place dans l’Union européenne. Elle souhaite également une harmonisation rapide des différentes législations nationales afin d’assurer la mise en place d’un marché européen harmonisé. Sa phrase « Pour cela il faut intégrer le principe de neutralité technologique, en tant qu’élément fondamental, à tous les niveaux de la législation » résume à la perfection la tonalité de ce rapport. Laissons la technique se déployer et s’épanouir dans l’espace européen, car elle est neutre !

Ce rapport demande à la Commission européenne de réguler l’irrégulable, ou d’obliger les gens qui ont des dinosaures à la maison à les tenir en laisse et à leur mettre une muselière avant d’aller se balader dans la rue.

Cette question des nouvelles technologies financières est complexe. Elle s’intéresse à des technologies qui ont commencé à voir le jour avec les Bitcoins créés par Satoshi Nakamoto en 2009.

Personne ne sait qui se cache derrière ce nom. Le mystère reste entier. Il est d’ailleurs fort instructif de voir que le mot bitcoin n’apparait jamais dans le rapport qui sera voté mardi prochain alors que c’est le seul mot qui pourrait faire dresser l’oreille. Il est remplacé par le terme Distributed Ledger Technology (traduction « les technologies des registres distribués) qui est rapidement caché sous le sigle de DLT.

La volonté des créateurs de bitcoin était de mettre en place d’une monnaie globale qui ne puisse pas être dominée par un état ou par un groupe aussi puissant soit-il de banques ou de Hedge Funds. Certains d’entre eux y voyaient un moyen d’empêcher les Etats de faire tourner la planche à billets et de déclencher une inflation à deux chiffres comme en Argentine en 2002. Les débuts du bitcoin ont été chaotiques. Très rapidement, le bitcoin a été utilisé pour faire des transactions illégales et non traçables en particulier sur un site internet silk road.

A sa création le bitcoin valait 0,000000000001 euros. Le 9 mai 2017, il a atteint son cours le plus élevé à savoir 1 731 euros. La masse monétaire en jeu reste relativement faible avec 30 milliards de dollars mais de très grands opérateurs des nouvelles technologies (Apple, Microsoft, Google, Amazon et plein d’autres) se sont lancés dans la course.
Le système est considéré à l’heure actuelle comme sécurisé. Les geeks du début et les escrocs n’ont plus la main dessus.

La grande crise du Bitcoin a eu lieu en novembre 2013 lorsqu’il s’est implanté en Chine. Le Parti Communiste a tapé du poing sur la table pour imposer aux banques de contrôler l’identité des acheteurs de bitcoin pour éviter que les capitaux ne quittent en masse le pays. Cette première obligation légale pour passer des bitcoins aux devises et vice-versa ne s’est pas faite sans mal. Sa cotation qui était de 750 euros, s’est effondrée à 400 dollars en quelques semaines.

La baisse a continué jusqu’au 24 aout 2015 ou il atteignait 195 euros. Cette crise a permis d’éjecter tous les cracks informaticiens et autres pirates qui avaient contribué à mettre cette monnaie en place.

L’utilisation et l’achat de bitcoins sont légales et encadrées dans pas mal de pays qui ont du mal parfois à se positionner sur sa définition légale : s’agit-il d’une monnaie, d’un bien ? Comment l’encadrer puisque par principe il a été construit pour échapper à toute régulation ?

A partir d’aout 2015 le cours du Bitcoin (BTC) n’a cessé de progresser avec une volatilité quotidienne importante mais avec une croissance exponentielle. A l’heure actuelle, de nombreuses entreprises de la finance et des nouvelles technologies ont investi dans cette monnaie électronique et ces technologies. Elles feront tout pour sécuriser leur investissement et pour continuer à affiner les produits qu’elles commencent à vendre.
Selon certains analystes, le cœur de la finance mondiale est passé de Wall Street à la Silicone Vallée, en quelques mois en 2012 pendant que les activistes occupaient les rues avec le slogan mondialement connu d’Occupy Wall street. Ils étaient au pied de certaines institutions comme la banque JP Morgan qui étaient justement en train de sauter dans la fusée du bitcoin. « We are the 99% » n’a pas été très successful mais ce que ces activistes ne voyaient pas c’est qu’une partie des 1% étaient en train de changer de visage.

La question politique que l’on doit se poser par rapport au Nouvelles Technologies de la Finance (Bitcoin et à toutes les autres monnaies secondaires qui utilisent la même technologie des blockchains) est fondamentale.
S’agit-il d’une simple arnaque ? Au début il était difficile de savoir – certains des créateurs ont empochés des centaines de millions de dollars. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’une escroquerie ou elle est tellement énorme qu’elle peut remplacer l’ancienne escroquerie du papier monnaie. Il y a une lutte entre les banques créées aux XVIIIe et les grands opérateurs des nouvelles technologies et de la cryptographie. Selon toute vraisemblance, ces derniers sont en passe d’emporter la bataille grâce à des soutiens comme celui de Mme Van Nieuwenhuizen.
Le Bitcoin n’est que la partie émergée de l’iceberg des blockchains ou autres DLT et le rapport de Mme Nieuwenhuizen est loin de se focaliser uniquement sur la monnaie. Elle aborde la question des smart contrats basés également sur la technologie des blockchains.

Les banques sont déjà confrontées à l’arrivée des blockchains. Les gens commencent à prêter de l’argent à des inconnus en direct sans passer par des intermédiaires qui prélèvent une grosse commission pour un petit service. Le hic est qu’une banque classique ne peut continuer à fonctionner sans l’argent que les gens laissent sur leurs comptes. La réforme Basel III qui les obligent à garder 10 % de leurs avoirs et qui a été négociée en 2010 en Europe est totalement obsolète.
La guerre est déclarée. Il s’agit d’une guerre totale et sans règle entre les mammouths du passé et les monstres de l’avenir.

Les smart contracts ou smart entrepeneurship peuvent faire littéralement exploser les relations employeurs / employés et créer un marché mondial du travail sans que les Etats ne puissent intervenir en rien. Dans la seringue se trouvent tous les boulots qui tournent autour de l’informatique, de l’audiovisuel, du cinéma, de l’assurance, du conseil et de l’expertise (Standard & Poor va avoir des temps difficiles), de la comptabilité, de l’ingénierie, en passant par la coiffure ou la maintenance automobile, sans oublier l’enseignement ou l’architecture. Les smart contracts permettront ou plutôt obligeront chaque individu à être son propre employeur et à d’offrir ses services au niveau global ou au niveau local. L’auto entrepreneur et sa pseudo liberté d’agir peut devenir la règle aussi bien au niveau local qu’au niveau global.

La mort du système assurantielle est programmée. Le principe était basé sur la solidarité entre tous. Il va aller vers la responsabilisation de chacun. Les primes ne seront plus calculées en fonction des probabilités de risques d’occurrence mais en fonction de la déviance par rapport à un comportement type. Les gens courent d’ailleurs pour s’acheter eux-mêmes les cordes qui les pendront. Ce sont des petites montres qui mesurent le nombre de pas qu’ils font, combien de temps ils dorment, à quelle heure ils se couchent... Dans ce monde de cauchemars, Orwell est distancé puisque ce n’est plus BigBrother qui se charge de la surveillance de la société mais les gens qui se surveillent eux-mêmes.
Le smart contract peut écraser des start-up gigantesques comme Uber ou AirBnB en court-circuitant tous ces intermédiaires entre celui qui loue une chambre et celui qui l’occupera pour une nuit ou une semaine. Les évolutions sont tellement rapides que là aussi les actionnaires qui détiennent AirBnB ont du souci à se faire.
AirBnB créée en 2008 avant l’apparition des blockchains repose sur un business modèle aussi dépassé que le groupe ACCOR.

Le monde du Big Data qui se met en place a déjà dans son ombre celui beaucoup plus efficace du mini data où chacun devient propriétaire de ces méta (mini) données. Nous les vendrons, nous les louerons, nous les prêterons. C’est désormais techniquement possible.