" /> José Bové - Les raisons de la crise politique qui secoue...

Les raisons de la crise politique qui secoue...

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20 novembre 2018
Comprendre la Catalogne

Les raisons de la crise politique qui secoue la péninsule ibérique sont mal connues ou caricaturées en Europe et en France. Cet ouvrage collectif permet de mieux cerner les enjeux, qui ne se limitent pas, comme on l’entend souvent, à une querelle budgétaire : des Catalans riches qui ne voudraient plus payer pour les régions les plus pauvres du Royaume d’Espagne. Les tensions entre la Catalogne et la Castille remontent au XVe siècle. Tout au long des cinq cents dernières années, ces deux pays, gouvernés par la même couronne, ont connu des périodes de conflits armés. Quarante-trois ans après la mort du dictateur Franco, de nombreuses plaies restent ouvertes et douloureuses, la « transition démocratique » s’est faite, comme le rappelle cet ouvrage, dans une situation tendue. Des forces politiques qui ne partageaient pas les mêmes objectifs, ont accepté un équilibre permettant d’atténuer les tensions, afin d’éviter tout risque de dérapages. La Constitution, adoptée en 1978, et toujours en vigueur, a apporté des solutions qui ne pouvaient être que temporaires. Malheureusement, aucun des gouvernements successifs n’a souhaité, voulu ou pu remettre en cause cet accord et avancer vers un meilleur équilibre des pouvoirs, entre les différentes entités et les différents peuples offrant à l’Espagne cette pluralité qui nous surprend tant en France.

Les décisions prises, depuis 2000, par les gouvernements espagnols aux couleurs politiques différentes qui se sont succédé ont alimenté les tensions, entraînant une réaction de plus en plus déterminée d’une partie chaque jour plus importante des citoyens vivant en Catalogne. Pendant ce temps, en 2014, le Royaume-Uni a accepté le fait qu’un référendum soit organisé en Écosse.
Président du gouvernement espagnol de 2011 à juin 2018, Mariano Rajoy n’a pas suivi ce chemin qui aurait permis l’organisation d’un débat politique confrontant deux visions distinctes de l’avenir de l’Espagne et de la Catalogne. La répression féroce utilisée pour empêcher les citoyens de voter le 1eroctobre 2017 était inadmissible, supposant une violation des valeurs européennes. La Commission européenne et les 27 autres États membres ont refusé de prendre position. Les condamnations des violences et des matraquages se sont faites du bout des lèvres. Les regards se sont détournés, honteusement, espérant que la situation se calmerait. Il n’en est rien, deux représentants de la société civile et sept femmes et hommes politiques catalans sont en prison depuis bientôt un an, dans l’attente d’un jugement, qui aura lieu à une date qui n’est toujours pas connue.

Dans les années 1990, la Commission européenne a eu le courage de suivre au plus près la situation en Irlande du Nord. À l’époque, sous la Présidence de Jacques Delors, elle s’est donnée les moyens pour faciliter le dialogue entre deux communautés qui ne parvenaient plus à communiquer autrement que par la violence. Les pourparlers ont abouti à l’accord du Good Friday, en avril 1998. Des fonds du budget européen ont été utilisés pour financer des projets facilitant le règlement de ce conflit pluri-centenaire.

Vingt ans plus tard, la Commission Juncker a préféré détourner le regard de la situation en Catalogne. Face à ce dangereux silence, avec un groupe composé d’une douzaine de députés européens représentant toutes les sensibilités à l’exception des partis extrémistes, nous avons créé le 29 novembre 2017, la plate-forme pour le dialogue entre l’Union européenne et la Catalogne.
La situation au sud des Pyrénées pose des questions fondamentales que nous ne pouvons ignorer. Comment le droit à l’auto-détermination reconnu par l’Union européenne doit-il être mis en pratique dans ses États membres ? Comment l’UE doit-elle intervenir lorsque les violations des droits humains sont évidentes dans un État membre ?

La formidable mobilisation du 11 septembre 2018, lors de la journée de la Catalogne, la Diada, montre que les citoyens n’ont pas molli dans leur détermination. Leur volonté de parvenir à l’indépendance sans recourir à la violence reste entière. La désobéissance civile demeure le fil conducteur des indépendantistes. Les neuf prisonniers politiques, dont mes deux anciens collègues députés européens, Oriol Junqueras et Raül Romeva, qui étaient incarcérés dans les environs de Madrid à plus de sept cents kilomètres de leur famille, sont maintenant dans des prisons en Catalogne. Ce premier geste d’apaisement doit être porté au crédit du nouveau Président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez. Néanmoins, il doit faire un pas supplémentaire en libérant les neufs prisonniers politiques qui ne doivent pas être derrière les barreaux pendant la préparation de leur procès, ce qui peut prendre encore des mois, voire des années. Il doit également permettre aux exilés de rentrer chez eux.

Quelle que soit l’issue de ce procès, le gouvernement espagnol doit comprendre que la question catalane ne sera définitivement réglée que par un débat démocratique et par la voie des urnes.

Préface de José Bové
Député européen
17 septembre 2018