" /> José Bové - TAFTA : un traité de libre échange dont personne ne veut….sauf…..

TAFTA : un traité de libre échange dont personne ne veut….sauf…..

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9 juillet 2015

Les députés de la droite et les socialistes du Parlement européen. Je ne reviendrais pas sur toutes les manoeuvres de Martin Schulz, Président de cette assemblée, pour arracher cet accord. Les raisons de s’opposer au TAFTA sont nombreuses et je ne les détaillerais pas toutes. Mon opposition en ce qui concerne l’agriculture, les OGM, le clonage, les tribunaux arbitraux, la coopération réglementaire est connue.

La raison fondamentale et centrale pour s’opposer à cet Accord est que les accords bilatéraux sont profondément malsains. Dans les années 2000, je me suis battu contre la libéralisation du commerce, contre le fait que ce soit les boutiquiers de la planète qui décident des règles qui devaient réglementer et formater nos vies. Je ne supporte pas que le commerce soit la seule valeur reconnue et que les femmes et les hommes soient réduits à une simple fonction de consommateurs et de producteurs.

Dès 1992, j’ai lutté avec la Confédération paysanne puis quelques années plus tard avec Via campesina. En 1999, le document que nous avions publié à l’époque avait pour titre « Soumettre l’OMC aux droits de l’Homme ». Nous voulions une agence de régulation du commerce international efficace. Mais nous demandions à ce qu’elle reconnaisse l’ensemble des Accords de l’ONU, en particulier le Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, le Droit international du Travail ainsi que les Accords de protection de l’environnement.

Sans multilatéralisme, c’est à dire sans une prise en compte de l’ensemble des pays et des peuples dans la discussion, le fort, le puissant l’emporte toujours sur le faible. Les accords de Partenariat économique que l’Europe impose aux Etats africains en sont la preuve éclatante. Le commerce des entreprises multinationales doit être régulé et encadré, car certaines de ces firmes sont devenues plus puissantes que les Etats qui sont sensés les contrôler.

Je suis opposé au TAFTA, parce que les USA et l’UE cherchent à créer un bloc occidental, qui imposera ses règlementations à tous les autres pays de la planète. Et je ne pense pas que les normes, alimentaires, sociales ou environnementales doivent être décidées dans les couloirs de Washington et de Bruxelles, où les PDG des grandes compagnies planétaires ont leurs entrées, puis dictées et imposées au reste des habitants de la planète.

Je suis opposé au TAFTA, parce que dans le même temps, les USA négocient un accord de libre échange avec les pays du Pacifique, dont on parle peu en Europe, et dont une des grandes motivations est d’entourer la Chine pour l’isoler. Les problèmes que nous avons à régler sur cette planète, et je pense en particulier au réchauffement climatique, sont d’une importance primordiale. Nous ne parviendrons à les résoudre, à trouver des solutions que si nous sommes intimement convaincus qu’il n’y a qu’une planète. Les projets de demain doivent être basés sur la coopération, l’entraide, l’assistance, le partage des savoirs et non sur la compétition, l’égoïsme et l’accaparement.des terres, de l’eau et de la biodiversité. Le nationalisme étriqué n’a plus de place depuis que Neil Armstrong a posé le premier pas sur la lune le 20 juillet 1969 et que nous avons vu naître sous nos yeux, une planète ronde, bleue, que nous appelons communément la Terre.

Le TAFTA est un modèle suranné, une relique du siècle passé. Le texte voté par le Parlement européen n’a aucune portée légale. Il rejoindra les nombreuses résolutions votées dans la précipitation et qui restent sans suite. Je suis pleinement convaincu que cet accord ne se fera pas, parce que les gens n’en veulent pas des deux côtés de l’Atlantique, et qu’ils sauront le faire savoir. C’est aussi simple que cela.