" /> José Bové - Nouvelle PAC : dont acte

Nouvelle PAC : dont acte

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5 avril 2013

La prochaine Pac qui définira la politique agricole de l’Union européenne entre 2015 et 2020 s’annonce mal, mais le gouvernement français comme ses homologues européens gardent une marge de manœuvre pour améliorer les orientations dans leur cadre national. Une chance à saisir pour Stéphane Le Foll ministre français de l’agriculture qui souhaite promouvoir les pratiques agroécologiques.



Le vote de la prochaine Pac par le Parlement européen le 13 mars dernier est malheureusement négatif aux regards des enjeux économiques, sociaux, écologiques et des attentes sociétales. Mais les eurodéputés français ont par leurs votes exprimé quelques volontés sur lesquelles le ministre français de l’Agriculture devra s’appuyer pour une mise en oeuvre plus responsable de la Pac en France.

Une analyse des votes des députés européens français sur les questions principales de répartition des aides publiques de la Pac apporte en effet une autre vision. 61 eurodéputés français sur 68 votants (89%) se sont exprimés en faveur d’un plafonnement des aides à hauteurs de 200.000 euros.
Mieux : près de la moitié (32 sur 67, soit 48 %) se sont prononcés pour un plafonnement à 100.000 euros. L’ensemble des députés socialistes, centristes et écologistes se sont positionnés en ce sens. Par ailleurs, tous les eurodéputés français sans exception se sont prononcés pour un renforcement des aides aux premiers hectares afin de soutenir les fermes sous la moyenne nationale française de surface exploitée.

Au vu des marges de manœuvre dont il bénéficiera pour la mise en œuvre de cette Pac en France, le ministre de l’Agriculture devra traduire ces votes en actes : mieux soutenir les petites fermes, mieux répartir les aides, surseoir aux gaspillages des primes de rentes… Il pourra même mieux répartir les aides au profit des orientations agroécologiques qu’il prône. Un outil existe pour cela : la prime unique, soit une aide identique pour tous les hectares exploités sur toutes les fermes. Cela signifie par exemple que sur une ferme d’élevage, un hectare d’herbe sera autant aidé qu’un hectare de maïs. Cette dernière culture n’est devenue outrageusement présente sur nos territoires que par des aides inéquitables en sa faveur. Le résultat est connu : on produit plus sur moins de surface (nourriture plus riche pour les animaux), on produit ainsi plus avec moins de paysans, et on doit réparer ensuite collectivement les dégâts qui outre ceux sur l’emploi affectent les paysages (retournement des praires, destructions des haies, bosquets et fossés…) et plus généralement l’environnement (engrais et eau dont ces cultures sont gourmandes, dégradations des sols…).

Des aides sensiblement plus fortes en faveur du maïs, accentueront les dégats et ce pour deux raisons supplémentaires. D’abord la hausse sensible du cours des céréales entraîne ceux du maïs à la hausse (ce qui ne plaide pas actuellement pour des soutiens publics à cette culture). Mais en plus, si les 50 premiers hectares sont nettement surprimés, alors l’écart entre les aides à l’herbe et celles aux maïs sera d’autant multiplié pour des millions d’hectares. Résultat : encore plus de maïs, encore moins d’herbe, une agriculture poussée encore plus vers la concentration et de plus en plus éloignée des principes d’agroécologie prônées par Stéphane Le Foll.

Globalement, la prime unique, c’est à dire la convergence accélérée des aides pour toutes les surfaces en production, est une chance à saisir qui réorientera rapidement vers des modes de production moins polluants.

Les outils existant, la volonté des eurodéputés affichée, les présidents de régions qui espèrent également une répartition plus équitable des soutiens entre les territoires, la voie est libre pour que faut Stéphane Le Foll, traduise ce consensus politique en actes en se saisissant franchement des opportunités qui lui seront offertes pour engager relancer l’agriculture française sur vers des orientations répondant aux enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux actuels et à venir.