" /> José Bové - TAFTA : « Un projet malsain, qui menace nos choix collectifs »

TAFTA : « Un projet malsain, qui menace nos choix collectifs »

Entretien avec le site d’informations Mediapart
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28 mai 2014

Mediapart. Êtes-vous favorable aux négociations en cours, pour un accord de libre-échange entre l’Europe et les États-Unis ?
J. B. Depuis le début des années 1990, je combats la dérégulation des échanges imposée par l’OMC, car sa logique fait du commerce mondial une finalité en soi et refuse de prendre en compte les réglementations sociales et environnementales (voir notre publication de l’époque « Soumettre l’OMC aux droits de l’Homme »). Aujourd’hui, l’OMC est bloquée principalement par le volet agricole. Alors les grandes puissances, et en particulier les États-Unis et l’Union européenne, contournent l’obstacle en imposant une nouvelle génération d’Accords bilatéraux de libre-échange très exhaustifs.
Le TAFTA en est le dernier avatar. C’est un projet malsain, qui menace directement nos choix collectifs, surtout en matière d’alimentation. Car les droits de douanes sur les produits industriels sont aujourd’hui pratiquement nuls – il ne reste que les normes environnementales et sociales de production. C’est donc l’agriculture européenne qui sert de monnaie d’échange. Par exemple, les entreprises américaines veulent exporter leur viande bovine nourrie aux hormones en Europe. Ce serait la ruine pour des milliers d’éleveurs européens qui élèvent leurs bêtes avec de l’herbe. Les régions de montagnes seront particulièrement affectées. Les appellations d’origine contrôlées (AOC) sont également en danger.
Heureusement, l’opposition est sur les deux rives. Aux États-Unis, de nombreuses organisations de la société civile sont farouchement opposées à l’ouverture de ces négociations qui menacent les législations progressistes comme le Buy American Act, qui permettent de relocaliser l’économie.

Les révélations sur l’espionnage des Européens par la NSA compliquent-elles ces négociations ?
Elles les invalident : comment peut-on négocier avec un partenaire qui triche ouvertement ? En plus, l’espionnage de la NSA ne se limite pas à écouter les décideurs politiques européens. L’espionnage industriel est également une réalité. J’ai du mal à croire que les entreprises européennes qui travaillent dans des domaines innovants ne sont pas également étroitement surveillées. Nous avons besoin d’une enquête parlementaire approfondie avant de reprendre d’éventuelles négociations.

Si vous devenez président de la commission, quelles garanties en matière de transparence vous engagez-vous à respecter, durant les négociations du TTIP ?
La transparence doit être totale et la commission européenne doit impliquer et consulter l’ensemble des parties prenantes. Pour l’instant, elle a une fâcheuse tendance à ne prendre en compte que les avis et les souhaits émis par les conseils d’administration des grandes entreprises. Membre « suppléant » de la commission du commerce international au parlement européen, je n’ai même pas accès aux documents présentés par le commissaire De Gucht (le commissaire européen au commerce, ndlr), qui doit informer le parlement européen de l’avancée des négociations. La transparence s’arrête aux « coordinateurs » des différents groupes parlementaires, soit sept personnes en tout et pour tout. Il leur est d’ailleurs interdit de diffuser ces informations.

Êtes-vous favorable à l’inclusion au sein du TTIP du mécanisme d’arbitrage entre État et investisseur, pour lequel une consultation a été ouverte par la commission européenne jusqu’à juillet ? Quel est votre point de vue sur ces dispositifs dits « ISDS » ?
Ce mécanisme d’arbitrage entre investisseurs et États est un danger pour la démocratie et les politiques publiques. Il offre la possibilité aux grandes entreprises d’attaquer les lois et les réglrme des 1000 vaches - Stéphane Le Foll doit interdire ce projet aberrant

Le 28 mai au matin, le collectif citoyen et les paysans de la Confédération paysanne ont démonté la salle de traite de la ferme des 1000 vaches. Installée dans les Communautés de Communes d’Abbeville et de Nouvion dans le département de la Somme, cette exploitation agricole industrielle créée de toute pièce et soutenue à bout de bras par des subventions publiques a catalysé l’opposition des populations environnantes.

Pour José Bové - Député européen - Vice-Président de la Commission de l’Agriculture du Parlement européen

Je félicite la Confédération paysanne pour la détermination avec laquelle elle mène le combat pour une agriculture paysanne et contre les grands projets inutiles.

Après des mois de tergiversations et d’augmentation de la contestation locale, je demande à M Stéphane Le Foll et à Mme Ségolène Royal d’interdire ce projet en contradiction totale avec les propos du ministre de l’Agriculture qui n’a pas arrêté pendant la campagne électorale européenne de dire qu’il fallait tourner le dos à l’agriculture productiviste. C’est une opportunité qu’ils doivent saisir pour traduire leurs paroles en actes.

Après l’arrêt du projet de Nonant le Pin, (décharge sur 165 hectares de terre agricole), l’heure est venue d’installer des paysans et pas des agro businessmen.

Pour Karima Delli - Euro députée du Nord-Ouest

Particulièrement attentive à cette question depuis des années, je me réjouis avec Michel Kfoury, Président de Novissen, de cette action de la Confédération paysanne qui place le gouvernement face à ses responsabilités. Le projet des 1000 vaches est une aberration économique, environnementale et sociale. Il n’est plus possible soutenir des industriels du BTP comme Monsieur M. Ramery quand des paysans n’arrivent plus à joindre les deux bouts