" /> José Bové - Malbouffe et nanomatériaux , le couple gagnant contre notre santé

Malbouffe et nanomatériaux , le couple gagnant contre notre santé

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24 février 2016

Petites molécules, grands problèmes de santé publique. L’OCDE et le gouvernement français viennent de publier, lundi 22 février 2016, deux rapports accablants sur la présence de nanoparticules dans notre quotidien. Tandis que l’OCDE alerte sur les dangers des nanos dans l’eau et les déchets, le rapport annuel R-Nano du Ministère de l’écologie montre que l’industrie en produit de plus en plus (415 000 tonnes en France en 2014, soit 6 kg par Français !), sans aucun contrôle réglementaire ni sanitaire préalable…

L’industrie nous prend de court, sans véritable réaction citoyenne en face.
Les techniques de production des nanos avancent pourtant très vite. Le nombre de produits qui en contiennent a été multiplié par 5 entre 2006 et 2011, selon l’OCDE. Plus petits que les globules rouges du sang, on en trouve dans les emballages alimentaires, dans les cosmétiques, dans les matériaux de construction, les vêtements sportifs, les peintures industrielles… Toutes les entreprises qui les produisent, les importent ou les distribuent sont obligées de le déclarer au registre national R-nano depuis 2013.

La surprise du dernier rapport R-Nano est que les déclarations proviennent en majorité de l’agriculture : on trouve ainsi des nanos à la fois dans les produits phytosanitaires et dans les boues d’épuration, utilisées par certains agriculteurs comme engrais dans les champs. Ces dernières proviennent en effet d’usines de traitement des eaux dont les filtres ne retiennent pas les nanos. Heureusement, toutes les filières ne sont pas concernées puisque, par exemple, les cahiers des charges de l’agriculture biologique ou des fromages et vins AOC interdisent complètement la pratique.

Il y a aussi un problème d’étiquetage car la mention « NANO » sur les emballages, pourtant obligatoire d’après la réglementation européenne, n’est pas constatée dans les rayons ! L’exemple le plus criant est celui du dioxyde de titane, employé par l’industrie sous le nom d’E171. Il est présent dans au moins 246 produits alimentaires et en particulier, dans certains plats en conserve de la marque William Saurin, dans les biscuits Napolitain de la marque LU et dans les M&Ms dont raffolent nos têtes blondes. J’ai d’ailleurs appelé à boycotter les M&M’s en 2014 et je pourrais faire la même chose pour les autres produits !

Le dioxyde de titane est une substance chimique dangereuse pour la santé. Classé par l’OMS dans la catégorie des substances cancérigènes, il est utilisé principalement comme un colorant alimentaire dont on pourrait bien se passer. Il devait être évalué par l’Agence de sécurité sanitaire et d’alimentation (ANSES) en 2015, mais l’avis traîne alors qu’il pourrait recommander des mesures radicales… Il n’est donc pas prêt d’être retiré des rayonnages de la grande distribution, subissant alors le même sort que le glyphosate, autre produit cancérigène utilisé dans le pesticide Round-Up de Monsanto.

Pour sortir de cette nasse, suivons la recommandation du rapport de l’OCDE : « des recherches doivent être menées de toute urgence pour évaluer les risques éventuels pour la santé humaine et les écosystèmes ». J’ajouterais que ces recherches doivent être publiques pour être vraiment indépendantes de l’industrie. En attendant, un moratoire clair sur le dioxyde de titane est nécessaire. Recherche indépendante et moratoire immédiat : c’est à ces deux conditions qu’on aura une application pleine et entière du principe de précaution.