" /> José Bové - Le Laser Mégajoule : un anniversaire détonnant

Le Laser Mégajoule : un anniversaire détonnant

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6 avril 2010

Clément Rossignol, physicien, vice-président vert de la Communauté Urbaine de Bordeaux et José Bové ont cosigné une tribune sur le Laser Mégajoule et le cynisme de la France en matière nucléaire. Tribune publiée le 26 mars dans les colonnes du journal Sud Ouest.



La découverte du Laser contribue depuis 50 ans à des applications technologiques qui influencent notre quotidien (lecteur CD, traitements dermatologiques, codes barres, fibres optiques…). Avec raison, l’Aquitaine a célébré cet anniversaire en organisant la semaine dernière de nombreuses animations. Comme ailleurs en France… Avec toutefois une spécificité locale de taille, puisque l’Aquitaine héberge l’un des deux programmes mondiaux de recherche destinés à « simuler » des réactions thermonucléaires confinées : le projet Laser Mégajoule (LMJ). La semaine du laser a donc été l’occasion pour la Direction des Applications Militaires du Commissariat à l’Energie Atomique de porter la bonne parole concernant le projet LMJ auprès des lycéens et des étudiants scientifiques d’Aquitaine. Les célébrations de ce cinquantenaire ne doivent pas cacher les véritables objectifs de la technologie laser utilisée dans le projet Laser Mégajoule. Le LMJ est un programme national de recherche militaire, représentant un investissement public de près de 3 milliards d’euros sur 15 ans, et qui a pour but de recréer en laboratoire les conditions physiques semblables à celles rencontrées lors du fonctionnement d’une arme nucléaire. Suite à la signature en 1996 du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, le programme Laser Mégajoule constitue un moyen pour la France de pérenniser ses armes nucléaires, et surtout de développer, en contournant la contrainte des essais « grandeur nature », les nouvelles générations d’armes nucléaires, parmi lesquelles des bombes atomiques « de faible puissance » – mini-nukes – pouvant être utilisées sur des cibles très localisées. Une stratégie qui s’inscrit a contrario des bombes atomiques actuelles (dont le principe est en théorie qu’elles ne doivent jamais servir : c’est le principe de dissuasion) et qui participe à la course aux armements nucléaires, ainsi qu’à la prolifération et la banalisation de l’énergie nucléaire. Derrière le Laser Mégajoule, se profilent donc la fin du « tabou nucléaire », respecté depuis Hiroshima et Nagasaki, et la violation du Traité de non prolifération des armes nucléaires, ratifié par la France en 1992. Le projet LMJ illustre une nouvelle fois la position cynique de la France en matière nucléaire. En appelant le 8 mars dernier à un développement mondial du nucléaire civil lors d’une conférence internationale réunissant les pays souhaitant s’équiper de réacteurs nucléaires civils, Nicolas Sarkozy poursuit sa route de premier VRP de l’industrie nucléaire française. La situation serait cocasse si elle n’était pas malheureusement aussi lourde de conséquences : la France se posant en prestataire de services pour « un développement responsable des usages pacifiques de l’énergie nucléaire » tandis qu’avec le LMJ, elle poursuit sa course à l’armement nucléaire et envoie aux autres pays un message d’incitation à la poursuite de la recherche nucléaire militaire. « Notre époque se caractérise par la perfection des moyens et la confusion des fins. » C’est ainsi qu’Albert Einstein analysait le XXe siècle. Parce qu’il est plus que temps d’entrer dans une nouvelle époque, une époque où la perfection des moyens ne doit pas nous faire perdre de vue les finalités des avancées technologiques, parmi lesquelles l’amélioration des conditions de vie, le bien-vivre ensemble, le rééquilibrage Nord/Sud et l’équilibre avec notre environnement, nous demandons solennellement la reconversion du programme Laser Mégajoule en un programme de recherche fondamentale civil et international autour d’un grand équipement tel que l’accélérateur de particule du CERN.