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Les nouvelles calédonniennes : José Bové inspecte le Camp Est

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7 janvier 2010

José Bové et quatre autres parlementaires écologistes de Métropole ont visité le Camp-Est, hier après-midi. Outre la surpopulation et la vétusté des lieux, ils s’indignent de l’absence d’alternatives à l’incarcération et d’aide à la réinsertion pour ces jeunes « à grande majorité kanak ». La « justice coloniale » en prend pour son grade, sur fond de soutien à Gérard Jodar et aux autres détenus de l’USTKE.



« Les valeurs de la République ne peuvent pas s’arrêter aux portes de cette prison. » Alima Boumediene, sénatrice verte de la région parisienne, a déjà visité des dizaines de prisons françaises. Ce qui la frappe d’emblée en sortant du Camp-Est, c’est « le taux de surpopulation, près de 250%, jamais atteint ailleurs », avec 431 détenus pour 192 places. « Passer 23 heures sur 24 dans une cellule de 13 m2 à cinq, voire six, est inacceptable, indigne. » Promiscuité, hygiène déplorable, vétusté : en deux heures de visite hier après-midi, la délégation de parlementaires (*), reçue par l’USTKE et emmenée par José Bové, a eu un premier aperçu des conditions de détention du Camp-Est. Comme la loi les y autorise, ils ont pu voir les cellules, s’entretenir avec le directeur et les détenus. Leur verdict est sans appel : « Cette prison viole les droits de l’homme les plus élémentaires. » Et de citer pêle-mêle « les rats qui courent au-dessus des têtes », « les asticots trouvés hier dans les repas », « le choix inadmissible entre le temps de promenade et la douche »… « Ces conditions sont une double peine pour les détenus », fustige le député européen François Alfonsi. En pointant la surpopulation comme « le problème majeur » du Camp-Est, source d’un cercle vicieux infernal, les parlementaires ont dénoncé une politique pénale trop répressive à leurs yeux. « La grande majorité des peines est inférieure à deux ans. Le taux de récidive est de 50%, un taux jamais vu en France, s’alarme José Bové. En Nouvelle-Calédonie, on tombe pour une peccadille, pour laquelle on ne tomberait pas en France. » Et François Alfonsi de renchérir : « Les courtes peines sont nombreuses. La magistrature applique ici les lois avec une sévérité digne d’une justice coloniale. » __« Construire une nouvelle prison plus grande ne résoudra pas le problème. Plus il y a de places, plus on les remplit. » __ Alima Boumediene insiste sur « l’absence de préparation de la sortie. Le travail de réinsertion est quasiment nul. Quand on demande aux détenus s’ils ont ou apprennent un métier, tous répondent non. » Et de poursuivre : « Construire une nouvelle prison plus grande ne résoudra pas le problème. Plus il y a de places, plus on les remplit. Il faut développer les alternatives à la prison et celles-ci n’existent pas ici. Il y a à peine vingt personnes en semi-liberté. » Devant les militants USTKE à la Vallée-du-Tir, José Bové est allé plus loin : « La prison est remplie à 80% par des Mélanésiens, ce qui ne correspond pas à la réalité de la population. Nous constatons la faillite du système éducatif et de l’emploi, et de la gestion de ce territoire. La prison est le reflet d’une société, en l’occurrence une société déséquilibrée qui n’a pas les moyens d’aider sa jeunesse, notamment kanak. » Alima Boumediene a enfoncé le clou sur ce credo : « Toutes les histoires coloniales se ressemblent. On veut ici éradiquer la culture d’un peuple, son histoire. » Cet après-midi, les parlementaires poursuivront leur visite du Camp-Est. Ils entendent déjà intervenir auprès de la ministre de la Justice. Avec une efficacité qu’espère le sénateur Jean Desessard : « Ces démarches de parlementaires dans les prisons sont importantes. Les directeurs savent que c’est nécessaire pour obtenir des moyens. » En fin de semaine, cette délégation « écologiste », qui sera grossie aujourd’hui par l’arrivée de deux conseillers régionaux d’Ile-de-France, visitera la tribu de Saint-Louis avant de s’attaquer à la problématique environnementale de l’usine du Sud. (*) La délégation est composée de trois députés européens (José Bové, François Alfonsi, Karima Delli) et deux sénateurs (Jean Desessard et Alima Boumediene), tous des Verts et d’Europe Ecologie. Sylvain Amiotte __Avec « Gégé » au tribunal ce matin__ « Nous ne pouvons pas concevoir qu’ils ne soient pas libérés demain (aujourd’hui, ndlr) », a soutenu José Bové, hier. La visite de ces cinq parlementaires pro-USTKE coïncide avec l’examen, ce matin par la cour d’appel de Nouméa, de la demande de remise en liberté de Gérard Jodar et de deux autres syndicalistes incarcérés. A 8 heures, ces élus métropolitains participeront au rassemblement de l’USTKE devant le tribunal. Dès hier, au Camp-Est, José Bové n’a pas manqué l’occasion de passer dans la « cellule 4 », celle de son « copain Gégé » et de quatre autres militants USTKE. « Gégé, Michel (Safoka, ndlr) et les autres camarades ont aujourd’hui un moral très fort, a scandé le gouailleur moustachu, applaudi par une poignée de militants USTKE devant le Camp-Est. Ils savent que tout le monde les attend dehors. Ceux qui ont cru qu’ils allaient pouvoir les arrêter en les envoyant en prison se trompent. La prison ne les a pas abattus, mais les a renforcés dans leurs convictions. Lorsqu’ils sortiront, ce ne sera pas pour rester chez eux. Ils seront encore plus combatifs et déterminés à défendre les droits des Kanak. » Un peu plus tard, le député européen François Alfonsi a fustigé à son tour la condamnation de Gérard Jodar comme étant « inenvisageable en France ». Faisant le parallèle avec le conflit des « Conti » (Continental) en Métropole, Karima Delli a appelé pour sa part à « arrêter de criminaliser le mouvement social ».

article publié sur http://www.info.lnc.nc/