" /> José Bové - Les nouvelles calédonniennes : Jodar fixé jeudi

Les nouvelles calédonniennes : Jodar fixé jeudi

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8 janvier 2010

Fatigué mais toujours déterminé, Gérard Jodar a comparu hier matin devant la cour d’appel de Nouméa, qui examinait sa demande de remise en liberté et celle de deux autres militants USTKE. Au sortir d’une audience qui a tourné à la bataille juridique avec le ministère public, l’avocate des syndicalistes se disait « optimiste » sur leur libération, jeudi prochain, jour où la cour rendra sa décision.



Il est apparu les traits tirés et les yeux cernés, mouillés par l’émotion, cherchant les regards connus. Incarcéré depuis le 29 juin dernier, Gérard Jodar, 56 ans, a défendu sa demande de remise en liberté avec humilité : « Aujourd’hui, je n’ai plus de rémunération et ma femme ne travaille pas. C’est la première fois que mes deux enfants passent Noël sans leur père. Ils sont déstructurés et pleurent en me voyant. Je dois aussi payer la prise en charge de mon frère, lourdement handicapé, à qui il ne reste plus que quelques mois à vivre. »
Des arguments familiaux repris par ses camarades détenus, Michel Safoka, 45 ans, et Sagato Uveakovi, 37 ans, tous deux pères de famille. Jean-Louis Thiolet, président de la cour d’appel, a interrogé le leader syndical : « Le problème est de savoir si vous allez recommencer ou pas à commettre des infractions. Quelles sont vos garanties ? » Et Gérard Jodar de répondre : « Le conflit Aircal est désormais réglé. Et vous pensez bien que je n’ai aucune intention d’échapper à la justice en quittant le territoire. Je trouve anormal de rester encore en prison. J’ai déjà purgé les trois mois de Carsud et la moitié de ma peine pour Aircal. » Puis de lancer, avec un brin d’ironie : « Nous ne sommes pas des bandits, nous sommes des militants syndicalistes et politiques. Si vous voulez qu’il n’y ait plus d’actions de l’USTKE, alors il faut me condamner à perpétuité. » Jean-Louis Pagnon, l’avocat général, s’est fermement opposé à cette demande de remise en liberté : « La cour a déjà à deux reprises, en août et en septembre, confirmé le mandat de dépôt et l’exécution immédiate des peines de prison ferme. Qu’est-ce qui a changé depuis ? » Selon le magistrat, énumérant ses condamnations de 2007, 2008 et 2009, « rien n’a empêché jusqu’ici M. Jodar de recommencer. La seule façon d’éviter le renouvellement de l’infraction est l’exécution de sa peine, de façon continue. Il n’est pas dans l’intérêt de la société, ni de lui-même, qu’il fasse des allers-retours entre l’extérieur et la prison. » __« Le risque de réitération est clairement nul aujourd’hui. Qu’on ne vienne pas dire qu’ils vont mettre la Nouvelle-Calédonie à feu et à sang. »__ De son côté, Me Cécile Moresco, l’avocate de l’USTKE, s’est indignée d’entendre que Gérard Jodar aurait 21 mois de prison à purger : « Comme ils se sont pourvus en cassation, la présomption d’innocence joue pour ces hommes, qui n’ont pas encore été condamnés définitivement. Les mandats de dépôt ne sont justifiés que uniquement par la voie procédurale qu’avait choisie le parquet, la comparution immédiate. » Et d’appuyer, citant l’exemple de José Bové assis juste derrière elle : « En France, jamais des syndicalistes n’ont été emprisonnés dès leur condamnation. Cela existe en Tunisie, à Djibouti, en Iran, en Chine, mais pas en France. » Selon l’avocate, « le risque de réitération est clairement nul aujourd’hui. Du temps a passé. Qu’on ne vienne pas dire qu’ils vont mettre la Nouvelle-Calédonie à feu et à sang. S’il vous faut des garanties, mettez-les sous contrôle judiciaire. N’importe quel condamné serait sorti à ce stade-là. » Avant de disparaître de la salle d’audience sous escorte, après une petite minute d’embrassades avec ses proches, Gérard Jodar a eu ces derniers mots à la barre : « Nous demandons simplement d’être remis en liberté pour passer les vacances avec nos enfants. Vous avez la possibilité de fractionner ces peines. Si on doit retourner au Camp-Est ensuite, on y retournera. » Le délibéré sera rendu jeudi prochain, à 8 heures. « J’ai bon espoir », confiait Me Moresco après ces deux heures d’audience. __Sylvain Amiotte pour les Nouvelles Calédoniennes http://www.info.lnc.nc/__ __Un aménagement de peine est désormais possible__ « Si vous ne vous étiez pas pourvu en cassation, vous pourriez déjà être dehors dans le cadre d’une libération conditionnelle », a fait remarquer le président de la cour d’appel à Gérard Jodar. Car un tel pourvoi interdisait, jusqu’à la toute récente loi pénitentiaire du 24 novembre dernier, tout aménagement de peine. Un recours – dont l’examen est attendu dans les prochaines semaines – que le président de l’USTKE justifie par sa « ferme intention d’aller devant la Cour européenne des droits de l’homme ». Mais c’est justement cette brèche ouverte par la loi du 24 novembre qu’a saisie l’avocat général, Jean-Louis Pagnon, pour s’opposer à la demande de remise en liberté des prévenus : « L’aménagement de leur peine est de la compétence du juge d’application des peines (JAP), mais pas de la cour d’appel. C’est à lui de réfléchir à d’éventuelles adaptations, sachant que l’exécution d’une peine ne peut être indolore. » Me Moresco a accusé le magistrat de botter en touche : « Cette nouvelle loi pénitentiaire dit de privilégier au maximum l’alternative à l’incarcération pour les peines inférieures à deux ans. Si le JAP prenait une décision aujourd’hui, ils seraient libérés. Mais il n’examinera pas leurs dossiers avant deux à trois mois. » L’avocate l’espère en fait dès la rentrée judiciaire, mi-février. Selon elle, le JAP pourra même décider de ne pas révoquer la peine de sursis infligée à Gérard Jodar dans l’affaire Carsud (neuf mois), ce qui ramènerait sa fin de peine théorique au mois d’avril, en ôtant les deux mois de remise automatique. En attendant, l’espoir est pour jeudi prochain.