" /> José Bové - Il n’ y aura plus d’Europe s’il n’y a plus de paysans

Il n’ y aura plus d’Europe s’il n’y a plus de paysans

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4 décembre 2012

Plus de 2000 éleveurs laitiers et 800 tracteurs sont venus de toute l’Europe manifester leur colère à Bruxelles le 26 novembre : ne pouvant plus vivre de leur travail, ils se sentent à juste titre abandonnés par les responsables politiques européens.



800 tracteurs à Bruxelles, dans le quartier des institutions européennes, c’est un événement exceptionnel, ça se voit et ça s’entend. Plus de 2000 éleveurs laitiers sont venus de toute l’Europe à l’appel de l’European milk board (EMB), rassemblement des producteurs de lait fondé en 2006 et présent aujourd’hui dans 14 pays. Ils sont venus crier colère et désarroi : le prix du lait leur est payé le plus en plus souvent en dessous de leur prix de revient. Ils ne peuvent plus vivre de leur travail.

En cause : l’abandon de toute politique de maîtrise de la production par les pouvoirs publics européens. Les outils de régulation sont réduits à néant à l’approche la fin des quotas de production annoncée au 31 mars 2015, et ce n’est pas le « Paquet Lait »(1) adopté en février dernier qui apportera les réponses nécessaires.

Presque tout le monde – pas nous – semble s’accommoder de la fin des quotas laitiers. Le rêve libéral se dessine : chacun pourra produire comme il veut ce qu’il veut où il veut. Le lait va couler à flot. Tous les paysans seront en concurrence : malheur aux vaincus ! En ressortiront une poignée de grosses unités plus ou moins intégrés aux grandes firmes de transformation, voire à la grande distribution. Le prix du lait ayant chuté, l’Europe pourra se battre avec les grands pays producteurs, Etats-Unis et Nouvelle-Zélande en tête, pour fondre sur le marché des pays émergents et leurs classes moyennes aux effectifs croissants et aux besoins alimentaires transformés par le modèle occidental. Des millions et des millions d’Indiens ou de Chinois vont pouvoir acheter et manger les yaourts de Danone ou Nestlé dont ils ignorent encore l’existence.

Mais le rêve des uns est le cauchemar des autres : rien qu’en France, 36 % des fermes laitières ont disparu entre 2000 et 2010. Pendant ce temps, un projet d’élevage de 1000 vaches laitières est en route dans la Somme.

Ce 26 novembre à Bruxelles, seuls des eurodéputés verts sont venus discuter avec les éleveurs d’EMB. Avec Isabelle Durant, vice-présidente du Parlement européenne (Ecolo, Belgique) et Martin Hausling, mon collègue au sein de la commission de l’Agriculture et du Développement rural du Parlement (Die Grunen, Allemagne), j’ai porté notre soutien aux manifestants. Sans détour, je leur ai fait l’état des lieux des négociations sur la Pac au sein du Parlement : les deux groupes les plus importants, le PPE (droite) et le PSE (les sociaux-démocrates), bloquent toute remise en question du modèle en place et de son développement au service de l’agroindustrie à la conquête des marchés mondiaux, au détriment des paysans d’ici et d’ailleurs.

Je les ai assuré que les Verts se tiennent bien à leurs côtés et à leur écoute pour faire entendre la voix des paysans européens au sein du Parlement. Elus de toute la société, nous savons comme eux qu’il n’y aura plus d’Europe s’il n’y a plus de paysans.