" /> José Bové - Rude bataille sur les agrocarburants

Rude bataille sur les agrocarburants

Thématiques > Agriculture > Rude bataille sur les agrocarburants
19 septembre 2013

Ce fut un combat homérique mais les industriels des agrocarburants l’ont perdu. Pas de beaucoup certes, mais quand même : le 11 septembre, le Parlement européen a voté – par 356 voix contre 327 et 14 abstentions – une modification de la part des agrocarburants utilisés pour le transport, d’ici 2020. A ce stade, 6 % du total du carburant pourra provenir de cultures vivrières désormais, contre 10 % auparavant.



Ce plafond suit les conclusions de plusieurs études : globalement, les agrocarburants produisent plus de gaz à effet de serre que les énergies fossiles, notamment en raison d’un phénomène appelé changement d’affectation des sols indirects (CASI), soit la prise en compte des cultures de blé, betterave, colza et autres transformés en carburants. Bon an, mal an, malgré un ralentissement dans la progression, la consommation européenne d’agrocarburants – produits sur le sol européen ou importés – atteignait 13,6 millions de tonnes équivalent pétrole (tep) en 2012, contre 13,2 millions en 2010. Score atteint en grande partie grâce aux subventions de l’Union européenne aux industriels, estimée aux alentours de 6 milliards d’euros par an. Pas une paille, donc.

Certes, dans la bataille, le Parlement a fait des concessions qui ne nous enthousiasment pas : il a relevé le plafond proposé en juillet par sa commission de l’Environnement (5,5 %), a repoussé à 2020 la prise en compte du changement d’affectation des sols indirects (CASI) dans le bilan environnemental des agrocarburants, promeut les carburants dits de deuxième génération, issus de l’exploitation d’autres sources qu’alimentaires (des algues ou de certains déchets, qui devront représenter pas moins de 2,5 % de la consommation en 2020), et a refusé le mandat à Corinne Lepage pour qu’elle puisse négocier dès ce vote en première lecture avec le Conseil, ce qui signifie que le dossier ne pourra être bouclé avant la fin de cette mandature, en mai prochain. Encore une fois, technique de l’usage de la lenteur, fréquemment utilisée au Parlement…

Le vote des eurodéputés n’est donc pas révolutionnaire, il s’en faut. Nous nous opposons totalement aux agrocarburants issus de cultures alimentaires. Ce vote est le résultat d’un compromis avec la gauche, les socialistes, les écologistes et une bonne partie des libéraux. Nous pouvons quand même en apprécier la portée à la réactions négative des lobbies industriels des agrocarburants.