" /> José Bové - La procédure de réautorisation du glyphosate entachée de conflits d’intérêt : l’Europe poursuit le bras de fer avec Monsanto

La procédure de réautorisation du glyphosate entachée de conflits d’intérêt : l’Europe poursuit le bras de fer avec Monsanto

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19 mai 2016

Depuis 2013, le dossier pour la ré-autorisation du glyphosate, la substance chimique composant, entre autres, de l’herbicide Round-Up de Monsanto, est prêt. En mars dernier, les experts des États-membres devaient se prononcer mais ont repoussé leur décision à une réunion qui s’est tenue aujourd’hui. Résultat du jour : personne ne s’est mis d’accord, on repousse encore jusqu’à la fin juin.

La firme Monsanto sait que sans décision de la Commission européenne, elle ne pourra plus vendre le glyphosate en Europe à partir du 30 juin 2016. Cet herbicide génère environ 40% de ses bénéfices mondiaux. Les dirigeants de Monsanto doivent se ronger les ongles à force de devoir patienter.

L’Organisation Mondiale de la Santé a classé le glyphosate comme probablement cancérigène selon une méthode claire et transparente, donc imparable. Les citoyens ne veulent pas de pesticides dans leur alimentation. Tout milite donc pour une application du principe de précaution qui dit en substance : « si tu doutes de la dangerosité d’un produit, abstiens-toi de l’autoriser. »

La Commission européenne fait la sourde oreille car elle suit une procédure contestable : pas assez indépendante, l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA en anglais) continue de nommer dans ses comités scientifiques d’anciens employés de l’agro-industrie. Le conflit d’intérêt remonte jusqu’à l’ONU. En début de semaine, une réunion conjointe entre l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a conclu soudainement en faveur du glyphosate. En y regardant de près, le président de cette réunion n’était autre qu’Alan Boobis, vice-Président d’ILSI Europe. Dans ces conditions pas étonnant d’un tel renversement de position.ILSI Europe est un lobby industriel très actif. Regroupant plus de 400 multinationales dont Coca-Cola, Kellog’s, Kraft Foods et bien sûr Monsanto, il avait réussi en 2010 à placer un de ses cadres, Madame BANATI, à la tête de l’EFSA. Cette révélation avait fait scandale mais il avait fallu près de deux ans de bataille au Parlement européen pour que cette personne quitte ses fonctions et retourne vers la direction de la branche européenne de l’ILSI.

Le glyphosate est un herbicide essentiel non seulement pour Monsanto mais également pour les autres grandes multinationales des semences comme Syngenta ou Dupont, qui ont développé des OGM résistant à ce poison. Une interdiction du glyphosate serait un coup très rude pour le secteur des biotechnologies et une grande victoire pour toutes les personnes qui se sont mobilisées en Europe contre les OGM.

Ce dossier, loin d’être technique, est bel et bien politique. Aujourd’hui, la ministre de l’environnement Ségolène Royal et la ministre de la Santé Marisol Touraine s’opposent fermement à la réautorisation de cette substance. Elles doivent déployer toute leur énergie, aux côtés des autres pays opposés tels que l’Italie, la Suède ou encore les Pays-Bas, pour réunir une majorité avant la fin du mois de juin.