" /> José Bové - Une campagne citoyenne pour l’agriculture paysanne

Une campagne citoyenne pour l’agriculture paysanne

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6 juin 2012

Les 31 mai et 1er juin à Paris, la Confédération paysanne a lancé sa campagne « Envie de paysans ! » autour d’un marché et d’une ferme installés sur la place Stalingrad. Clou de la manifestation, une conférence-débat à laquelle participait José Bové, sur les dernières discussions de la Pac et sa prochaine application en France.



La campagne de la Confédération paysanne, « Envie de paysans ! » est lancée. Elle devrait durer près d’un an, sur le thème de la Pac, et a pour but d’obtenir de vraies améliorations dans l’application au niveau français de la nouvelle politique agricole européenne qui devrait être opérationnelle au 1er janvier 2015. Meilleure répartition des aides entre paysans et régions, soutien plus affirmé aux petites fermes, incitation et accompagnement vers des pratiques plus respectueuses des hommes et des ressources naturelles, revenu des paysans : les enjeux et objectifs sont posés dans le débat qui débute à l’échelle nationale.

Aujourd’hui, la Pac est dans le tunnel du « trilogue ». Le terme désigne le nouveau mode de décision des instances européennes depuis l’application du traité de Lisbonne, le 1er décembre 2009. Commission européenne, Conseil (les gouvernements) et Parlement européens doivent se mettre d’accord sur un même texte après que chaque partie a donné son avis suite à un long travail de trois ans à partir de la proposition initiale du commissaire européen à l’Agriculture, Dacian Ciolos. Celui-ci espère que le texte final qui encadrera la prochaine Pac sera adopté d’ici l’été ou durant celui-ci.

Mais on le sait déjà : le texte aujourd’hui est très loin de la demande citoyenne exprimée à Bruxelles lors d’une consultation puis d’une conférence citoyenne en 2010.
Des intentions de départ, reprises par le commissaire suite à la consultation de la société civile, ne reste que fort peu de choses, pour ne pas dire rien. L’intense travail des lobbies représentants les grands bénéficiaires de la Pac actuelle a porté ses fruits. C’est que l’enjeu est énorme : la Pac représente aujourd’hui 55 milliards d’euros par an, soit 40 % du budget européen, et les représentants à Bruxelles des céréaliers, des sucriers, des riziculteurs et des industries agro-alimentaires – les plus gros bénéficiaires – n’ont pas l’intention de lâcher leur emprise sur le pactole.

A Paris, le 31 mai, la Confédération paysanne lançait sa campagne avec un populaire marché fermier, accompagné de diverses animations. Dans la tente centrale, un débat promettait aux participants d’interpeller le ministre français de l’Agriculture sur ces intentions quant à l’application en France de la prochaine Pac. A la tribune l’attendaient entre autres Laurent Pinatel, le nouveau porte-parole national du syndicat, José Bové, et Samuel Féret, animateur du groupe Pac 2013 qui rassemble 25 organisations françaises paysannes, rurales et de défense de l’environnement [1]. Un passage difficile pour Stéphane Le Foll qui l’a esquivé avec beaucoup de métier, visitant le site, serrant des mains, mais refusant d’entrer débattre dans la tente malgré son engagement jusque-là à le faire…

Pour autant, la discussion n’a pas manqué d’intérêt. José Bové est longuement revenu sur les rouages et l’actualité des négociations, les points clés, les enjeux à venir et la menace qui pointe de l’ouverture de discussion pour un accord de libre échange entre Europe et Etats-Unis d’Amérique, accord qui remettrait bien des choses en cause et ouvrirait les portes européennes aux OGM et à la viande hormonée, par exemples.

Le public a apprécié aussi la pugnacité de Laurent Pinatel : « La Pac ne vient pas ne nulle part. Elle est le résultat de décisions politiques que les politiques doivent assumer. Si la Pac n’est pas bonne, c’est parce que les décisions politiques qui ont été prises ne le sont pas. »

Et José Bové d’enfoncer le clou en fustigeant « l’égoïsme des Etats et le conservatisme des responsables agricoles nationaux ete européens qui conduisent la Pac dans une impasse ».
Parmi les intervenants, Corinne Rufet, vice-présidente EE-LV du conseil régional d’Ile-de-France, en charge de l’agriculture, de l’environnement et de l’énergie, rappellera l’opposition de caciques locaux de la Fnsea et de leurs affidés lorsqu’il s’agit de mettre en oeuvre des politiques locales en faveur de l’installation, du développement de la bio ou de la protection de l’eau.

C’est toute la portée d’une campagne comme « Envie de paysans ! » : mobiliser la société pour imposer la Pac qu’elle demande, demande jusqu’ici trop longtemps bafouée.

[1A la tribune se trouvaient également Jean-Claude Bevillard, vice-président de la fédération France Nature Environnement, Jacques Caplat, administrateur de l’association de mobilisation citoyenne Agir pour l’Environnement, et Corinne Rufet, vice-présidente de la région Ile-de-France.