" /> José Bové - La FAO doit secouer le joug de l’OMC

La FAO doit secouer le joug de l’OMC

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10 novembre 2009

Les défis qui nous font face sont nombreux. Notre alimentation est fortement dépendante des énergies fossiles et elle contribue largement aux émissions de gaz à effet de serre. Plus d’un milliard de personnes tirent leur nourriture de nappes phréatiques non renouvelables qui seront asséchées dans le siècle qui s’ouvre. L’érosion des sols et la pollution des eaux réduisent les capacités de production dans de nombreuses régions du monde. Consciente de ces bombes à retardement, la FAO continue pourtant à appeler à la conclusion des Accords de Doha début décembre à Genève.



Depuis 1996 les Nations Unies ont baissé la tête et accepté de se placer sous la coupe de l’Organisation Mondiale du Commerce. Lors du Premier Sommet pour l’Alimentation tenu à Rome il y a treize ans, la FAO annonçait que le commerce et la libéralisation des échanges étaient la solution. Plus de 150 chefs d’états, décidaient de confier à une poignée d’entreprises transnationales la mission de lutter contre la faim. Cargill, ADM, Dreyfus, jamais cités, mais toujours présents, se voyaient implicitement confier la mission de nourrir les pauvres du monde, en faisant, pourquoi pas, un profit au passage. La baisse des taxes aux frontières, la plus grande fluidité des échanges, la rationalisation et la restructuration de la production agricole permettraient, selon eux, de nourrir les affamés des bidonvilles et des campagnes. En ce temps là 840 millions de personnes souffraient de la faim…. Le résultat est catastrophique. Aujourd’hui, les crises sociales, économiques et financières ont entrainé une détérioration dramatique des conditions de vie des familles les plus fragiles. La faim n’a pas diminué bien au contraire. 200 millions d’enfants, de femmes et d’hommes ont rejoint les légions d’affamés. 40 millions d’entre eux meurent chaque année. Ce constat d’échec total est dressée par la FAO elle-même dans la proposition de résolution qu’elle proposera à la discussion du 16 au 18 novembre 2009 à Rome. L’agence des Nations Unies tentent de se dédouaner de ses responsabilités en appelant cette fois, non plus à diviser par deux, mais à éradiquer totalement de la faim d’ici à 2025. Sans remettre en cause les politiques de libéralisation des marchés imposées par l’OMC, cet appel sonne comme un vœux pieux ! Comme s’il suffisait d’écrire pour agir, comme si les mots pouvaient bousculer la réalité ! Les défis qui nous font face sont nombreux. Notre alimentation est fortement dépendante des énergies fossiles et elle contribue largement aux émissions de gaz à effet de serre. Plus d’un milliard de personnes tirent leur nourriture de nappes phréatiques non renouvelables qui seront asséchées dans le siècle qui s’ouvre. L’érosion des sols et la pollution des eaux réduisent les capacités de production dans de nombreuses régions du monde. Consciente de ces bombes à retardement, la FAO continue pourtant à appeler à la conclusion des Accords de Doha début décembre à Genève. Augmenter 70 % la production agricole pour nourrir 9 milliards de personnes en 2050 ne se fera pas en rédigeant des résolutions consensuelles qui ménagent la chèvre et le chou. Dans un monde où toutes les ressources s’amenuisent, les solutions d’hier sont les problèmes de demain. La FAO doit rapidement changer de direction et garantir le droit à la souveraineté alimentaire qui, entre autre, autorise les états qui le souhaitent de développer leur agriculture familiale à l’abri, au besoin, de barrières douanières. Les familles paysannes, qui représentent plus de 60 % de la population du globe doivent être au coeurdecette nouvelle donne sociale et écologique. Seule une relocalisation de l’agriculture et un développement des productions vivrières seront capables de faire reculer le spectre de la famine. La FAO l’a admis en acceptant [le rapport du groupe d’évaluation Internationale des Connaissances, des Sciences et des Technologies Agricoles pour le Développement (équivalent agricole du GIEC) qu’elle avait commissionné. Il ne lui reste maintenant plus qu’à imposer ses convictions au niveau international.