" /> José Bové - Glyphosate : la Commission doit entendre les citoyens !

Glyphosate : la Commission doit entendre les citoyens !

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28 juin 2016

Monsanto a demandé la réautorisation du glyphosate, la substance active à la base de son insecticide star, le RoundUp, en 2012 à la Commission européenne. Dans cette procédure, les États-membres ont leur mot à dire. Quatre ans plus tard, les gouvernements des 28 ne reculent devant aucune manœuvre pour laisser la Commission en charge de prendre une décision de réautorisation très impopulaire. Les citoyens européens sont en droit d’attendre tout autre chose de leurs représentants !

En mars 2015, la substance chimique a été classée « cancérigène probable pour les humains » par l’agence sanitaire la plus indépendante qui soit, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) sous la houlette de l’OMS. À la suite de cela, la France, le Danemark et les Pays-Bas ont décrété des restrictions d’usage dans les jardins publics et pour les utilisateurs privés. Mais cela ne touche que 20% des usages du glyphosate. Les 80% restants, c’est-à-dire le gros des agriculteurs conventionnels, restent libres de l’utiliser dans les champs.

L’imbroglio a vraiment commencé en octobre 2015, lorsque l’autorisation initiale du glyphosate arrivait à échéance : la Commission décide alors d’accorder une extension administrative jusqu’à fin juin 2016. Ensuite, en novembre, l’agence sanitaire européenne, l’EFSA, conclut que le glyphosate n’est « vraisemblablement pas cancérigène », contre l’OMS. Problème : plusieurs études commanditées directement par l’industrie et non publiées avaient été prises en compte par l’EFSA, à l’inverse de l’OMS qui ne retient que les études publiées dans les revues scientifiques.

Dernier épisode en date : au mois de mai dernier puis très récemment, les États ont par deux fois échoué à se mettre d’accord sur la réautorisation du glyphosate, jouant avec ce désaccord entre l’EFSA et l’OMS pour empêcher toute majorité par des jeux d’abstention. Aujourd’hui, la Commission européenne se retrouve avec deux jours pour décider.

Dans cette équation européenne, que disent les citoyens ? Deux tiers des Européens sont contre la réautorisation : ils n’en veulent ni dans leur assiette, ni dans les champs. Quelque part, le blocage actuel est largement dû à la mobilisation de l’opinion publique sur le sujet.

En tout état de cause, la Commission européenne n’a aucune obligation d’autoriser. Sa seule possibilité est d’écouter ce que disent les citoyens : pas de renouvellement de l’autorisation. A partir de là, elle doit choisir entre, d’un côté, interdire avant le 30 juin, soit attendre que la date limite passe pour obliger Monsanto au dépôt d’une nouvelle autorisation. Cela lui permettrait à la fois d’attendre les nouvelles analyses scientifiques prévues et de montrer qu’elle sait entendre les citoyens européens.