" /> José Bové - Des quotas laitiers à la sauce américaine ?

Des quotas laitiers à la sauce américaine ?

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15 septembre 2010

La crise laitière n’est pas circonscrite à l’Union européenne. Les éleveurs américains sont également frappés de plein fouet. En l’espace de deux ans un tiers des exploitations laitières américaines a mis la clé sous la porte. Des deux côtés de l’Atlantique, le lait est payé en dessous des coûts de production. La National Family Farmers Coalition (NFFC) estime que le coût de production d’un gallon (4,55 litres) de lait revient à 2 USD, alors que l’industrie laitière ne le rachète qu’à 1,32 dollars. Face à ce désastre, les éleveurs ont également eu recours à la grève du lait et ont été contraints de déverser leur production dans les fossés et dans les champs. Les entreprises de la transformation avouent plus ou moins ouvertement qu’elles se satisfont de cette situation ; la main invisible du marché finira par rétablir un équilibre entre l’offre et la demande.



Le libéralisme et la dérégulation n’ont plus le vent en poupe depuis l’effondrement du système bancaire. L’Administration américaine reprend la main sur les grands fonds d’investissements. Plus surprenant encore, elle pourrait être tentée de réguler le secteur laitier. Deux sénateurs démocrates, Specter et Casey ont déposé une proposition de loi visant à lier la fixation du prix du lait aux couts réels de production. Plus surprenant encore Mr. Vilsack, Secrétaire d’Etat américain à l’Agriculture parle ouvertement de mettre en place un système de gestion de l’offre et de la demande, ce que certains journalistes traduisent directement par « quotas ». La possibilité de créer une Organisation Commune des Marchés à l’échelle fédérale n’est donc pas à écarter. Elle pourrait faire partie du prochain Farm Bill 2012, la PAC américaine, dont on connaitra les premiers contours dès l’année prochaine. Les manifestations des éleveurs laitiers au SPACE à Rennes montrent que les paysans sont au bout du rouleau. Ils veulent des solutions sur le long terme et des prix rémunérateurs. Aux Etats-Unis la roue tourne. La Commission européenne, qui avait décidé lors du bilan de santé, de se débarrasser des quotas laitiers, serait bien inspirée de ne pas casser, par pur dogmatisme idéologique, un outil efficace et peu couteux. N’attendons pas, une nouvelle fois, que le signal vienne de Washington pour réparer ce que nous aurions cassé. »