" /> José Bové - Prix alimentaires : une situation dramatique

Prix alimentaires : une situation dramatique

Interview de José Bové publiée sur le site du Parlement Européen
Thématiques > Agriculture > Prix alimentaires : une situation dramatique
6 septembre 2010
www.europa.europa.eu

Le prix des denrées alimentaires augmente. Cela ne ravit ni les consommateurs, ni les agriculteurs qui n’en profitent pas. Où disparaît donc cet argent ? Un rapport du Français José Bové (Verts) appelle à plus de transparence dans la chaîne alimentaire afin de faire cesser les pratiques abusives des grandes surfaces et de l’industrie de la transformation. Il sera débattu lundi 6 septembre et voté le lendemain en séance plénière.



D’un côté, les consommateurs voient les prix alimentaires augmenter, de l’autre les agriculteurs souffrent de prix trop bas. Les grandes surfaces sont accusées de faire de trop grosses marges. Qu’en est-il exactement ?

José Bové : La situation est dramatique. Quand les prix baissent à la production, les consommateurs ne voient pas de différence. Par contre, quand les prix des matières premières montent de manière spéculative, la hausse est répercutée sur les consommateurs.

Aujourd’hui, la Commission européenne dit de façon très claire que la part qui revient aux agriculteurs dans la plus-value de la chaîne alimentaire est passée de 31% à 20% depuis 1995. Les agriculteurs vivent de plus en plus mal de la vente de leurs produits et la différence est accaparée soit par les grands transformateurs, soit par la grande distribution.

JB » : Tout d’abord, il faut s’attaquer à la spéculation sur les matières premières. Les marchés doivent fonctionner sur la réalité des stocks et des besoins et pas sur le boursicotage comme c’est le cas actuellement. Il faut sortir d’une politique-casino sur les matières premières. Deuxième point, il faut un véritable observatoire sur les coûts de production. On ne peut pas accepter que les agriculteurs soient payés en-dessous de leurs coûts de production. Troisièmement, il faut qu’il y ait des règles très strictes contre les abus de position dominante. Enormément de pays, les organisations de consommateurs et de producteurs demandent plus de transparence. Enfin, il faut renforcer le pouvoir des associations de producteurs dans le cadre des négociations entre agriculteurs, transformateurs et distributeurs.

Votre rapport stipule que le gaspillage de nourriture pourrait atteindre 30 % de la production alimentaire…

JB : Aujourd’hui, il y a 30 % de gaspillage qui se fait tout au long de la chaîne alimentaire. Ce n’est pas acceptable car il y a un nombre très important de personnes qui ne mangent pas à leur faim en Europe. Il faut raccourcir les circuits, promouvoir la vente directe et aller vers une plus grande proximité entre les producteurs et les consommateurs, Enfin, il faut modifier les règles qui font qu’on jette des produits comme on le voit dans les supermarchés ou les chaînes de transformation.

Etes-vous satisfait du contenu de ce rapport ou auriez-vous souhaité qu’il aille un peu plus loin ?

JB : Je suis très satisfait car on a pu faire un travail sur le fond et interroger des personnes qui ont pu exprimer l’ensemble des points de vue. Le vote dans la commission AGRI (fin juin 2010, ndlr) s’est très bien passé, toute la commission a soutenu le projet. Il faut maintenant voir comment cela va se passer en assemblée plénière. J’ai l’impression que l’industrie et la grande distribution exercent des pressions pour enlever ce qui pourrait les gêner dans le rapport.

Des chiffres révélateurs :Augmentation des prix alimentaires de 3,3 % par an depuis 1996, Dans le même temps, les prix perçus par les agriculteurs n’ont augmenté que de 2,1 %, Baisse de 12 % du revenu moyen des agriculteurs en 2009