" /> José Bové - Faisons le pari de l’intelligence et de la souveraineté alimentaire

Faisons le pari de l’intelligence et de la souveraineté alimentaire

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12 octobre 2017

Le Président de la République Emmanuel Macron ouvre la voie pour une refonte de l’agriculture et de l’alimentation en cohérence avec les enjeux du réchauffement climatique, les besoins des agriculteurs, et les attentes des consommateurs. C’est un changement radical, non pas de discours mais de projet. Jamais depuis la création de la PAC en 1962, nous n’avons vu de propositions aussi ambitieuses.

L’agriculture productiviste appartient au passé, et reconnaissons au Président Emmanuel Macron de l’avoir senti et de s’être donné les moyens de réunir l’ensemble des acteurs de l’alimentation, des paysans, aux consommateurs, en passant par les transformateurs et les vendeurs. Les ateliers des Etats Généraux animés par le Ministre de l’Agriculture Stéphane Travert ont eu le mérite de dresser un constat lucide de la situation et de proposer des solutions qui peuvent être mises en œuvre rapidement.

L’agriculture française, si elle continue à courir après la conquête des marchés mondiaux, accélèrera la disparition des fermes, la standardisation de l’alimentation, la ruine du monde rural. Les fermes de cent mille vaches ne font rêver personne et nous devons plus que jamais parier sur les produits de qualité.

Le Président Macron l’a parfaitement compris. Il ne propose ni plus ni moins qu’un nouveau contrat et un nouvel horizon : la souveraineté alimentaire.

Depuis des années, les agriculteurs demandent à être justement et équitablement payés pour leur travail. La proposition de renforcer le pouvoir de négociation des paysans pour qu’ils puissent définir des prix justes couvrant leur cout de production et de dégager une rémunération de leur travail est la condition sine qua non pour redonner de l’espoir à des femmes et à des hommes qui subissent crises après crises depuis de décennies et qui n’ont aucune visibilité à long terme.

Créer des conditions de dialogue entre les paysans, les transformateurs, la distribution et les consommateurs est une nécessité. L’Etat peut beaucoup mais il ne doit pas tout faire. Déjà des initiatives sont prises, ici et là. Elles sont encourageantes et montrent que collectivement, des producteurs, des industriels et des vendeurs sont capables de s’écouter, de se comprendre et d’agir. Nous avons plus à gagner à jouer la carte de la concertation et de l’écoute que celle de la concurrence sauvage. Les entreprises, petites ou grandes, qui ne perçoivent pas cette évolution de notre société, n’ont visiblement pas compris que nous avons changé d’époque.

En annonçant sa volonté de voir la Commission européenne stopper les négociations bilatérales avec le Mercosur, Emmanuel Macron envoie un signal fort à ses partenaires européens. Nous ne pourrons assurer notre souveraineté alimentaire sans reposer la question de l’organisation mondiale des échanges de produits agricoles.

Le cadre esquissé par Le Président Macron est ambitieux. Il est de nature à redessiner une politique agricole commune à bout de souffle. Les difficultés seront nombreuses, mais si le cap fixé reste le même, je fais le pari de l’intelligence collective.