" /> José Bové - Sortir du piège mortel des pesticides

Sortir du piège mortel des pesticides

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24 janvier 2013

Le 16 janvier 2013, l’Agence européenne de sécurité alimentaire (Efsa) a publié un avis scientifique implacable sur trois pesticides couramment utilisés en agriculture, trois insecticides tueurs d’abeilles. Un événement essentiel dans un combat de plus de dix ans aux côtés des apiculteurs.



C’était il y a neuf ans. Les abeilles mourraient déjà de façon étrange par millions aux abords des cultures dont les semences avaient été traitées au Régent, un insecticide de la firme Bayer. Le 26 février 2004, avec les apiculteurs de la Confédération paysanne, nous avions occupé par surprise le bureau du directeur général de l’Alimentation, une des principales administrations du ministère français de l’Agriculture. Nous avions constaté que si le pesticide avait bien été « suspendu » par le ministre de l’époque, Hervé Gaymard, les stocks seraient bien écoulés jusqu’au bout.
Il en a fallu depuis des faillites d’apiculteurs, des millions de ruches mortes, des procès, des manifestations, des films, des pétitions, pour imposer le problème sur la place publique. Les pesticides tuent, il sont d’ailleurs fait pour ça. Et l’abeille est le marqueur, au premier rang, de leur dangerosité. L’abeille, cet élément primordial de nos écosystèmes, sans qui nombre de variétés de plantes ne pourraient survivre.

Ce 16 janvier 2013, l’Agence européenne de sécurité alimentaire (Efsa) a publié un avis scientifique implacable sur trois pesticides couramment utilisés en agriculture : clothianidine, imidaclopride et thiaméthoxame. Les marques sont connues et redoutées par tous les apiculteurs : Poncho (Bayer), Gaucho (Bayer), Cruiser (Syngenta)…
« Nous avons identifié des risques pour les abeilles en relation avec trois principales voies d’exposition des insectes, expliquait Domenica Auteri qui a présidé les travaux de l’agence européenne. Ce sont les poussières produites par les graines ou les granules pendant le semis, la contamination par le pollen et le nectar et, dans le cas du maïs, traité par le thiaméthoxame, l’exposition par « guttation », c’est-à-dire l’exsudation, par la plante, de gouttelettes d’eau imprégnées du pesticide et auxquelles s’abreuvent parfois les insectes. Quant aux poussières produites lors des semis, elles peuvent être transportées par le vent et se déposer dans l’environnement. La dose létale de ces produits étant de quelques milliardièmes de gramme par abeille, un simple contact avec ces poussières peut être fatal à l’abeille.
Les trois opinions scientifiques rendues par l’Efsa s’inscrivent dans un travail publié par l’agence en mai 2012, également commandé par la Commission européenne : il s’agissait alors d’évaluer l’efficacité des tests réglementaires ayant conduit à l’autorisation des molécules. Le groupe d’experts mandaté par l’agence européenne avait conclu que ces tests, conçus pour les produits utilisés en pulvérisation, n’étaient pas adaptés.
La publication de l’Efsa est un événement de première importance qui étaye notre combat de plus de dix ans. Il faut sortir du piège mortel des pesticides, revenir aux principes de bases de l’agronomie, mettre les outils de la recherche publique au service des agricultures paysannes… La lutte continue, mais elle doit déboucher désormais, au regard des dernières données révélées par l’Efsa, sur des décisions politiques au niveau européen.

D’ici là, je serai le 24 janvier en débat dans le cadre de la Semaine de la Science à St-Michel-sur-Orge (Essonne), en compagnie de Joël Limouzin (vice-président de la Fnsea, fervente défenseure des pesticides), de Fabrice Nicolino (Journaliste) et de Bruno Parmentier (économiste). Le débat aura pour titre : « L’agriculture intensive peut-elle se passer de pesticides ? ». Il sera animé par Antoine Sprire, journaliste et écrivain. Ce sera à l’Espace Marcel Carné, à 21h00. Entrée libre.