" /> José Bové - Cesare Battisti : Lettre ouverte à Evo Morales

Cesare Battisti : Lettre ouverte à Evo Morales

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14 janvier 2019

Monsieur le président Evo Morales,

L’extradition de Bolivie, où il s’était réfugié, de l’ex militant italien Cesare Battisti, et les conditions, pour l’instant troubles, de celles-ci, nous préoccupent au plus haut point. Des agents de services étrangers seraient intervenus dans l’arrestation et l’expulsion, mettant en cause la souveraineté de votre pays.
Nous tenons à vous faire part de notre surprise, de notre incompréhension et de notre vive réprobation face à votre silence assourdissant.

La Bolivie multiculturelle, pluri-nationale, engagée dans un profond mouvement de décolonisation, d’émancipation humaine et sociale, porte les espoirs de millions d’hommes et de femmes dans le monde. Elle a bénéficié, dès le départ, de notre solidarité. En Amérique latine, elle reste l’un des derniers gouvernements qui font face et tiennent, contre la vague conservatrice, qui submerge le continent.

L’arrestation (par qui ?), à Santa Cruz, majoritairement hostile à la révolution bolivienne, du militant italien Cesare Battisti, va sans doute choquer beaucoup de démocrates. Il est condamné par les autorités de son pays pour quatre meurtres qu’il nie depuis toujours avoir commis, durant les terribles « années de plomb ». L’extradition précipitée de Santa Cruz, n’a pas permis de prendre le temps nécessaire à une réflexion sereine. Les autorités boliviennes ont semblé « doublées » par le Brésil et l’Italie, pays dotés de gouvernements d’extrême droite. Rappelons que l’Italie a déjà été condamné par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour violation de l’article 6 de la Convention pour absence de droit à un procès équitable et violation du droit à la défense. Un procès de 1993, en l’absence de Ceseare Battisti, ne peut justifier aujourd’hui son enfermement à vie. Il doit bénéficier d’un procès équitable.

Réfugié 14 ans en France, François Mitterrand lui avait accordé une sorte de droit d’asile à condition qu’il renonce, avec ses camarades, à la lutte armée. Menacé lors de la présidence de Jacques Chirac, il se réfugia au Brésil, où le président Lula lui octroya le droit d’asile.Ces faits et leur contexte nous conduisent à solliciter des éclaircissements, sans quoi nous serions amenés à considérer que vous avez commis une dommageable faute politique, que cette « affaire » contredit les principes dont se prévaut votre action depuis 2005.

Un groupe d’amis de la Bolivie,
José Bové, député européen,
Germain Sahary, responsable du village Emmaüs Lescar-Pau (qui a reçu la visite d’Evo Morales en 2015)
Jean Ortiz, maître de conférences Université de Pau (a invité Evo Morales en 2002 au Festival CulturAmerica,
puis l’Université de Pau a accordé au président bolivien le Doctorat Honoris Causa en 2015),
Vivas Maxime, journaliste,
Serge Pey, poète,
Pierre Carles, réalisateur