" /> José Bové - Crise laitière : La semaine des dupes

Crise laitière : La semaine des dupes

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26 octobre 2009

En bout de mandat et de course, toujours aussi raide dans ses bottes malgré la pression des éleveurs en manifestation depuis des mois [1], c’est avec une morgue peu commune frisant l’irrespect le plus total [2] que Mariann Fischer Boel et ses services ont enfin « lâché » 280 millions d’Euros dédiés des producteurs. Malheureusement, cette aide directe saupoudrée au niveau des Etats et des producteurs au prorata des productions 208-2009, encore soumise à la validation du Conseil ECOFIN du 19 novembre 2009, sera en France de l’ordre de 40 à 50euros par mois. Résignée à ce geste nécessaire mais malheureusement inefficace parce que trop faible et trop tardif, elle a déclaré vouloir acheter la paix sociale et l’arrêt de toutes ces manifestations.

Que d’argent dépensé, à contre sens, entre aides à l’exportation (restitutions) et stockages publics et privés. Avec de la volonté politique, ces sommes dirigées vers la compensation de la baisse de quotas de 3 à 5 % acceptée par les producteurs, auraient produit bien plus d’effet sur le marché et donc sur un redressement plus durable des prix que les quelques soubresauts de remontée observés ces dernières semaines. Parallèlement, le Conseil et le Parlement ont accordé le 22 octobre encore plus de pouvoir à la Commission pour des mesures d’urgence sur le lait dA vos plumes Mans le cadre de l’OCM unique [3] (modification de l’article 186). La traduction immédiate est la mise en route des rachats de quotas donc d’encore plus de départs de producteurs âgés ou non et le risque de redistribution à ceux restants qui ont contribué au dépassement, augmentant ainsi la concentration de la production au niveau des exploitations des zones déjà très spécialisées. [4]
Parallèlement, alors que le secteur laitier, grand exportateur mondial, a généré un excédent en 2008 de 3,5 milliards d’Euros dans la balance import/export, la FNIL (transformateurs privés), appelle à ajuster encore les prix à la baisse face à la concurrence notamment des opérateurs d’Europe du Nord. Une question doit désormais être posée : veut-on encore des producteurs de lait dans les territoires d’Europe ? Passés en France de 430 000 en 1984 à 130 000 en 1998 pour atteindre 87 000 en 2007 et maintenant moins , les gros bataillons d’éleveurs laitiers ne sont plus là et malgré la combativité des derniers mois, aujourd’hui la pression sur le prix-producteur du lait n’est ni un hasard, ni une coïncidence. Actés depuis 2003, confirmés en 2008 dans le bilan de santé de la PAC avec les augmentations de production qui en ont découlé, l’abandon des quotas de production en 2015 va se conjuguer à l’effet prix payé aux producteurs. Devenu variable d’ajustement, celui-ci est actuellement très efficacement utilisé pour organiser le dernier dégraissage des effectifs encore présents et la préparation d’un nouveau paysage de la production aux mains d’investisseurs privés. Face à ce qui ressemble de plus en plus clairement à un projet organisé des firmes de la collecte, de la transformation et de l’agroalimentaire, il est encore temps de proposer instruments et outils pour une production laitière répartie équitablement en Europe avec des paysannes et paysans nombreux. Il n’y de fatalité que celle acceptée.

[1Ils étaient encore plus de 5000 à Luxembourg le 19 octobre 2009

[2« …Nous avons plumé la poule aux œufs d’or au maximum… j’ai vidé le fond de mes poches…ces 280 millions doivent apaiser les producteurs pour qu’ils cessent leurs manifestations »

[3OCM Unique : Organisation Commune des Marché Unique

[4Le « croissant laitier »(régions ouest nord et est) rassemble 66% des producteurs de lait, la montagne 20%.