" /> José Bové - Taxe Tobin : La France trahit ses engagements internationaux

Taxe Tobin : La France trahit ses engagements internationaux

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9 décembre 2014

L’effondrement de Lehman Brothers en septembre 2008 a précipité l’ensemble de la planète dans une tourmente dont elle est loin d’être sortie. Renflouer les banques américaines qui avaient mis sur le marché des produits spéculatifs, éminemment rentables, mais très dangereux, a coûté des milliers de milliards aux contribuables de la planète. En Europe l’onde de choc a plongé des pays comme la Grèce au bord de la faillite et de l’explosion sociale. Le chômage atteint des niveaux qui rappellent la crise des années 1930 dans de nombreux états de l’UE.

De nombreux pays de l’Union européenne ont dû imposer des plans d’austérité se traduisant par le blocage des salaires, l’augmentation de l’âge de la retraite, des coupes budgétaires dans l’éducation, la santé, la culture et bien d’autres domaines.

Le G20 s’était engagé à mettre un terme à cette finance spéculative qui brasse des milliards chaque jour et qui ne supporte en rien l’économie réelle ; celle qui produit des biens et des services

Nous avons été des millions depuis la création d’ATTAC (Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action citoyenne) en 1998 à manifester aux quatre coins de la planète pour limiter ces dérives dangereuses. Et nous pouvions penser que les dirigeants des principales puissances économiques avaient enfin compris les dangers inhérents à laisser la bride sur le cou des spéculateurs de tous poils.

La Commission européenne avait finalement cédé en examinant la faisabilité du projet. Selon ses propres estimations, nous pouvions escompter, au niveau de l’Union européenne, lever près de 50 milliards d’euros par an soit près de la moitié du budget européen.

Le projet est retombé dans les cartons jusqu’à ce que la nouvelle coalition en Allemagne entre les sociaux-démocrates et la Chancelière Angela Merkel ne le remette au goût du jour mais avec des ambitions revues à la baisse. Sur les 28 Etats membres, cette taxe ne serait mise en place que par une dizaine de pays, soit moins que les dix-huit qui constituent la zone euro. De plus ce n’est plus l’ensemble des transactions financières qui seraient visées mais juste les échanges d’actions et uniquement les CDS (Credit Default Swap) qui sont une forme d’assurance. Le reste, les obligations et la majorité des produits dérivés, seront exemptés de ce nouvel impôt.

A force de rabotages, les 50 milliards du début fondent comme neige au soleil et ne représenteront, d’après les estimations, plus que 4 milliards d’euros. Une goutte d’eau. L’amertume est d’autant plus forte que c’est le gouvernement français qui appuie sur le frein en brandissant l’argument classique : la peur de la délocalisation des banques. Cette reculade est d’autant plus inadmissible que les pays riches s’étaient engagés à utiliser les montants prélevés pour soutenir leurs efforts pour participer activement à la lutte contre le réchauffement climatique.

Le gouvernement français doit d’urgence s’aligner sur les positions de ses partenaires et en particulier celles de l’Autriche, de l’Allemagne et de l’Italie, pour qu’une taxation digne de ce nom soit mise en place dans les plus brefs délais. La crise économique, sociale et le réchauffement climatique ont besoin d’audace et de courage. Manuel Valls doit d’urgence prendre conscience que la prochaine conférence sur le réchauffement climatique se tiendra à Paris dans un an et que le financement de la transition énergétique est un des principaux points de blocage. Une reculade à Bruxelles sur la taxe Tobin serait un très mauvais signal lancé à l’ensemble de la planète.