" /> José Bové - Milliers de morts en Méditerranée, que reste-t-il de l’Europe des Lumières ?

Milliers de morts en Méditerranée, que reste-t-il de l’Europe des Lumières ?

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28 avril 2015

Plus de mille personnes se sont noyées la semaine dernière au large des côtes de la Libye la semaine dernière. Pour la plupart ces enfants, ces femmes et ces hommes fuyaient des zones en guerre, où la survie n’est tout simplement plus possible. La route de l’exil est la seule solution.

Jusqu’à la fin de l’année 2014, le programme Mare Nostrum (Notre Mer - en latin) a permis de sauver plus de 150 000 personnes mais l’Italie était le seul état de l’Union européenne à financer cette opération humanitaire de sauvetage avec une maigre contribution de Bruxelles. Les bateaux italiens pouvaient aller jusqu’à la limite des eaux territoriales libyennes et sauver les embarcations avant qu’elles ne coulent. Mais cet élan d’humanité a été stoppé par un manque d’appui des gouvernements des pays du nord de l’Europe qui ne se sentent que peu concernés par ces arrivées massives. L’austérité est devenue l’aune des politiques. Si nous continuons dans cette direction, nous allons perdre notre âme.

Le sud de l’Italie, les iles aux larges des côtes de la Tunisie et de la Libye,ainsi que Malte font face à une arrivée massive de migrants. Les conditions d’accueil sont inhumaines, au sens propre du terme, et ces Etats ne sont tout simplement pas en mesure de faire face financièrement et socialement à ce drame. La solidarité des 26 autres états de l’Union européenne est indispensable ; je dirais même vitale.

Face à l’émotion publique, les chefs d’états et de gouvernements se sont retrouvés à Bruxelles le jeudi 23 avril pour envisager une solution. Le résultat est écoeurant, lamentable et affligeant. La proposition de tripler le budget de l’opération Triton en le faisant passer de 3 millions d’euros à 9 millions par mois est d’un cynisme absolu. Je voudrais juste rappeler que dans les années 1970, la France avait accueilli sur son sol plus de 170 000 vietnamiens qui préféraient quitter le Vietnam sur des bateaux de fortune et risquer de mourir. Cette tragédie humanitaire avait été en mesure de dépasser les clivages droite / gauche classique et deux philosophes opposés sur de nombreux sujets comme Jean Paul Sartre et Raymond Aron avaient uni leur voix pour que notre pays ne sombre pas dans l’indignité.

Jeudi dernier les 28 Etats membres ont accepté de laisser entrer en tout et pour tout 5000 réfugiés syriens dans l’Union européenne, alors que le Liban et la Jordanie sont déstabilisés par les millions de déplacés qui vivent sur leur territoire dans des camps de fortune. Ces deux drames, les boats people vietnamiens et les boats people libyens à quarante ans d’intervalle, montrent de manière cruelle à quel point l’Europe des Lumières est en train de s’éteindre peu à peu. Face à cela nous ne pouvons pas nous résigner.

L’Europe doit ouvrir ses frontières et accueillir dans des conditions décentes ces réfugiés des guerres qui se déroulent à ses frontières. Nous avons le devoir d’accueillir des centaines de milliers de personnes pour que toute la région méditerranéenne ne sombre dans un chaos encore plus noir que celui dont nous sommes les témoins.

Jean-Claude Juncker doit obtenir des gouvernants des pays du nord de et de l’est de l’Union européenne qu’ils accueillent également des réfugiés car il n’est pas acceptable de nous défausser en disant qu’ils doivent s’entasser dans le pays où ils ont accostés.

La France, le Royaume-Uni, la Suède, la Finlande, la Hongrie, l’Allemagne et tous les autres, doivent accueillir ces misérables, ces survivants. Des quotas doivent être imposé en fonction de la richesse des états, du nombre d’habitants, des taux de chômage. Le groupe des Verts proposera demain un vote au Parlement européen pour dénoncer la coupable indifférence des Etats et pousser la Commission européenne à imposer un plan de sauvetage à la hauteur du drame auquel nous assistons.

Ne nous trompons pas. La montée des partis racistes, xénophobes, ou populistes ne doit pas nous forcer à nous refermer sur nous-mêmes car cela nous entrainera immanquablement dans le futur du pire, de l’humiliation et de la vengeance. C’est aujourd’hui qui nous avons le devoir moral de tendre la main aux réfugiés. C’est aujourd’hui que nous devons les accueillir. Ne pas le faire serait admettre que nous avons déjà perdu notre humanité.