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Gaz et huile de schiste : non, absolument non !

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10 décembre 2012

Le rêve américain est de retour. Il est noir comme le pétrole, ou plutôt les huiles et gaz de schiste. A l’approche de l’ouverture du grand débat français sur la transition énergétique, les services de communications des grands pétroliers s’activaient, et les médias relayaient leur message enthousiaste.



Ainsi le magazine Challenges, le 13 novembre : « En exploitant leur gaz et leur pétrole de schiste, les Américains ont assuré leur renaissance industrielle. L’Agence internationale de l’Energie estime que les Etats-Unis seront même le plus gros producteur d’or noir au monde d’ici 2017. »
La suite coule de source, même fortement polluée : pourquoi la France et l’Europe – riches en réserves potentielles de gaz de schiste – se priveraient-elle de cette richesse, source bien entendu de développement, de progrès, d’emploi, etc ?


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La réponse est venue en même temps, et pas par un groupuscule écolo. Dans un rapport publié le 19 novembre, la Banque mondiale clame son inquiétude : le dérèglement climatique est plus fort et plus rapide que prévu il y a seulement quelques années. La limite de réchauffement à + 2°C d’ici la fin du siècle sera dépassée, peut-être largement, trop largement. La Banque mondiale alerte sur le risque d’un réchauffement de la planète de 4 degrés. En cause : en premier lieu la consommation des énergie fossile, dont le pétrole et dont… les huiles et gaz de schiste.

Pour Stéphane Hallegatte, économiste, chargé de mission à la Banque Mondiale : « Aller vers un monde à +4 °C, c’est aller vers l’inconnu car plus le réchauffement est important, plus ses conséquences sont difficiles à anticiper. Le rapport publié le 19 novembre liste les impacts qui sont déjà connus, notamment des vagues de chaleur bien plus fréquentes. Une canicule comme celle de l’été 2003, considérée aujourd’hui comme une exception, risque de devenir un été normal d’ici à la fin du siècle. Ce rapport montre aussi que ce sont les pays les plus pauvres qui seront les plus touchés, notamment les pays tropicaux. Le réchauffement climatique ne pose donc pas seulement un problème environnemental, c’est aussi un obstacle au développement économique et à la lutte contre la pauvreté… » [1]
La déclaration serait sans espoir sans la suite : « A l’inverse, poursuit Stéphane Hallegate, les mesures permettant de limiter le réchauffement climatique sont aussi des mesures qui permettent le développement économique, comme nous l’avions montré dans un précédent rapport en mai 2012. »
Nous sommes donc confrontés à un choix crucial de société : soit nous nous initions (pour l’Europe) ou développons (pour les Etats-Unis) l’exploitation des huiles et gaz de schiste, et donc augmentons la production de gaz à effet de serre et la dégradation du climat, soit nous prenons une autre orientation, celle de la transition énergétique vers la réduction des consommations, l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables. Regardons la situation en face : les décisions à prendre à ce stade ne sont pas seulement politiques, elles sont vitales.
Nous comprenons bien que les actionnaires de Total, de Schell, d’Exxon et consorts poussent à l’exploitation des huiles et gaz de schistes tant sont grandes les promesses de substanciels profits. Mais leurs intérêts particuliers sont contraires à l’intérêt général. Que nous défendons.

Quelles que soient les techniques d’exploration et d’exploitation des huiles et gaz de schiste, de la catastrophique fracturation hydraulique aux hypothétiques nouvelles techniques annoncées pour un futur plus ou moins proche, l’usage de ses ressources se fera au détriment des conditions de vie sur terre. Ce n’est pas parce que c’est possible qu’il faut le faire. A ce qui veulent ouvrir la boîte de Pandore, nous crions « non, absolument non ! »

[1sur terra-eco.net (21/11/2012)