" /> José Bové - L’huile de palme : un fléau

L’huile de palme : un fléau

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24 décembre 2012

Le mois dernier (novembre 2012), nous – les opposants au projet d’usine de traitement d’huile de palme à Port-le-Nouvelle (Aude) – avons appris que la firme Sime Darby renonçait à s’implanter sur ce site. Toutefois, au même moment, l’amendement porté par les écologistes pour le triplement de la taxe sur l’huile de palme dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2013 était rejeté par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale.
Si nous menons ce combat contre l’huile de palme, c’est parce que l’enjeu sanitaire, écologique et commercial est énorme.



C’est aujourd’hui l’huile végétale la plus consommée au monde, présente dans de très nombreuses préparations alimentaires industrielles (pâtes à tartiner, biscuits, chips, soupes, viennoiseries ou autres plats cuisinés…). D’où le signal d’alarme venant des professionnels de la santé : en raison de sa haute teneur en acides gras saturés après cuisson, cette huile favorise les troubles cardiovasculaires.
La moitié des aliments transformés en contiendrait [1], car elle leur confère du moelleux et facilite leur conservation. Mais l’huile de palme est surtout préférée pour son faible coût de production : le rendement à l’hectare du palmier à huile est en effet dix fois plus élevé que celui du soja, mais aussi du colza ou du tournesol.

D’où l’explosion de son exploitation. En Indonésie et en Malaisie, où se concentrent 86 % de la production mondiale, 3,5 millions d’hectares de forêts ont été détruits en seulement quinze ans pour être dédiés à la monoculture du palmier, et chaque année les plantations et la production d’huile augmentent (45 millions de tonnes produites dans le monde en 2009, contre 34 en 2005). Du coup, la biodiversité s’effondre dans les régions concernées, l’eau, les sols sont pollués, et les populations locales soumises à la violence des firmes (et des États souvent complices) : en 2011, plus de 600 conflits opposaient les entreprises de palmiers à huile aux communautés locales qui voient leurs forêts disparaître ou qui sont chassées de leurs terres.
La victoire des défenseurs de l’environnement, des paysans et de la santé contre le projet d’usine à Port-la-Nouvelle doit être saluée avec fierté, mais aussi avec prudence. La firme Sime Darby compte toujours installer une tête de pont pour fournir le marché européen : elle parle maintenant de construire son usine à Rotterdam. Le combat contre la folie de l’huile de palme, comme celui comme d’autre fléaux de agro-industrielle (la monoculture de soja en Amérique par exemple) est loin d’être terminé.

[1Mattea Battaglia, « Noyé dans l’huile de palme. L’explosion de la demande mondiale », Le Monde Magazine, no 39, supplément au Mondeno 20336, 12 juin 2010,