" /> José Bové - Revenus équitables des paysans : présentation du rapport devant l’ensemble du Parlement Européen

Revenus équitables des paysans : présentation du rapport devant l’ensemble du Parlement Européen

Thématiques > Agriculture > Revenus équitables des paysans : présentation du rapport devant l’ensemble du Parlement Européen
6 septembre 2010

Ce lundi 6 septembre à 17H, José Bové présente le apport sur des revenus équitables pour les paysans devant l’ensemble du Parlement Européen. Retrouvez ici en vidéo le contenu de son allocution.



Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, Chers Collègues, Je tiens à remercier l’ensemble de mes collègues de la Commission de l’Agriculture et plus particulièrement les shadow rapporteurs pour leur soutien. Ce rapport s’inscrit dans notre grand débat sur la réforme de la PAC, comme le rapport de Monsieur Lyon. Nous avons réussi à nous accorder sur un grand nombre de compromis qui ont été adoptés avec une large majorité (+32 4 2) dans notre Commission. Je crois que notre message à la Commission est fort. Nous voulons tous plus de transparence dans la chaîne alimentaire et une législation sur la concurrence qui soit loyale entre les agriculteurs et tous les acteurs dans la chaine alimentaire. Et nous voulons également des actions concrètes en Europe et ailleurs contre la spéculation, contre les abus du pouvoir du marché et assurent des revenus aux paysans. Je suis étonné, que, à l’initiative de quelques groupes politiques de ce Parlement, on nous demande de voter demain une longue liste de votes séparés qui vont à l’ encontre du message fort et consensuel, que nous avons adopté à une grande majorité en commission de l’Agriculture. Est-il possible que l’été vous a fait changer d’avis ? J’ai plutôt l’impression que le lobby intensif de ces derniers jours de la part de l’industrie agro-alimentaire est la source de votes séparés pléthoriques. En tout cas je ne peux pas m’imaginer, Mesdames et Messieurs, chers collègues, que vous allez céder à ces pressions pour affaiblir notre message commun. Notre Commission a pris la mesure de la crise qui frappe les paysans européens. Elle entend proposer des mesures concrètes et fortes. En moins de 10 ans l’Union a perdu 3,5 millions d’emplois agricoles. L’hécatombe est dramatique. La Bulgarie, par exemple, a perdu un paysan sur deux. En 2009, les revenus se sont effondrés. En France et en Allemagne, les agriculteurs ont perdu en moyenne 20 % de leurs revenus, en Hongrie plus de 35 %. L’agriculture et le monde rural sont menacés de disparaître. En décembre 2009, poussée par l’exaspération des paysans et par les manifestations des éleveurs laitiers, la Commission européenne publie une Communication intitulée « Une chaine d’approvisionnement alimentaire plus performante en Europe ». Elle montre qu’entre 1995 et 2005, la part de la plus-value de la chaine alimentaire revenant aux producteurs est passée de 31 à 24 %. Les prix payés aux agriculteurs baissent dans pratiquement tous les secteurs sans que les consommateurs européens n’en profitent. La Commission déclare que ces problèmes sont liés à l’augmentation de la concentration au niveau des grossistes, des transformateurs et des distributeurs, qui imposent leur volonté à des producteurs peu organisés. La Commission s’inquiète de l’absence de transparence de la formation des prix et des marges. Elle reconnait la difficulté d’obtenir des données précises et fiables. Elle admet ne pas disposer des informations nécessaires pour adapter rapidement et efficacement ses politiques. Pour y remédier, je propose à la Commission de mettre en place, à l’instar de ce qui existe aux États-Unis, un observatoire européens des prix et des marges agricoles. Cet organisme sera chargé de déterminer les coûts de productions des paysans européens. Il nous permettra de connaitre le coût réel, au départ de la ferme d’un litre de lait, d’un kilo de blé ou d’un kilo de viande de boeuf. Ces indications serviront de base de négociations entre les agriculteurs et les autres intervenants de la filière alimentaire, en particulier les entreprises de la transformation. Cet organisme sera également chargé d’évaluer les secteurs qui accaparent la plus-value aux dépends des producteurs et des consommateurs. La Commission européenne serait alors en mesure de déterminer les acteurs qui abusent du rapport de force et qui sont en d’abus de position dominante. il apparaît aussi indispensables d’obtenir des 20 plus grandes entreprises européennes qu’elles établissent un rapport annuel sur leurs parts de marché et les marges internes qu’elles pratiquent. La transparence n’est pas un danger pour l’économie de marché, Au contraire elle est une nécessité absolue pour éviter les dérives que nous avons vues dans l’agriculture et dans de nombreux autres secteurs en particulier celui de la finance. Quand le paysan vend son lait ou sa viande, qui peut prétendre qu’il est sur un pied d’égalité face à une multinationale qui pèse sur la formation des cours sur les marchés mondiaux ? Le rapport de force est totalement déséquilibré ; d’autres diraient déloyal. Pour rétablir les choses, une première mesure d’urgence serait d’autoriser les agriculteurs à se regrouper au sein d’organisations de producteurs. Ils pourront négocier collectivement les prix. La seconde, complémentaire, passe par l’interdiction au niveau de l’Union de la vente des marchandises en dessous du prix de revient. Les rabais forcés, les modifications à posteriori des conditions contractuelles, les frais de référencements injustifiés, sont monnaie courante. Elles frappent de plein fouet les agriculteurs et des milliers de petites et moyennes entreprises de la transformation qui doivent passer par la grande distribution pour commercialiser leurs produits. La Commission européenne doit recenser l’étendue de ces pratiques anti-économiques. Elle doit prendre les mesures nécessaires pour y mettre un terme. Enfin, la spéculation sur les produits agricoles est un fléau. Les financiers et les spéculateurs sont à la recherche d’un profit immédiat. La disette, la faim et la famine sont pour eux synonymes de profits. Nous pensions que nous ne revivrions pas les émeutes terribles de 2008. Il n’en est rien. Depuis le mois de juin le prix du blé a augmenté de plus de 70 %. Ceux du maïs, du soja, du riz suivent la même tendance. La semaine dernière, à Maputo, 7 personnes ont été tuées parce qu’elles manifestaient contre l’augmentation de plus de 30 % de l’alimentation. Allons-nous rester sans rien faire comme il y a deux ans ? Allons-nous supporter encore longtemps que des banques d’investissement mettent les éleveurs européens en faillite et broient les hommes de notre planète ? J’appelle l’Union européenne à prendre l’initiative de la création d’une agence mondiale de régulation des marchés agricoles. Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, chers collègues, je vous invite à donner un signal fort pour que la nouvelle politique agricole commune soit plus juste pour les paysans et les consommateurs européens, que s’installe une concurrence loyale entre acteurs qui permette de créer un cadre de régulation des marchés et écarte les spéculateurs. C’est de la responsabilité du Parlement européen à la veille de l’exercice de sa co-décision en matière agricole de ne céder à aucune des pressions qui se sont manifestées d’où qu’elles viennent. Notre message doit rester clair et cohérent. Je vous remercie