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Crise agricole : …que cet échec européen ne se traduise pas par 28 désastres nationaux

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23 août 2016

C’est par cette phrase que je concluais en juin 2013, le communiqué de presse dans lequel j’annonçais que je ne voterai pas la réforme de la Politique Agricole Commune. Je me permets de republier ce texte ci-dessous. Il n’a malheureusement pas pris une ride.

Juin 2013, le Parlement européen, le Conseil des ministres de l’UE et la Commission européenne sont parvenus à un accord pour finaliser la réforme de la PAC (Politique agricole commune) pour l’après 2013. Le Verts au Parlement européen sont très critiques sur l’issue de cet accord qu’ils considèrent désormais comme une entrave à une véritable réforme de la Politique agricole commune.

L’accord trouvé entérine la fin de la PAC. Il ne reste plus grand chose de commun dans cet inventaire de mesures adaptables au gré de chacun des Etats membres. Les responsables de cet échec sont à trouver dans les trois institutions européennes, la Commission, le Conseil et le Parlement. L’Union européenne n’a pas su se projeter dans l’avenir et le Parlement européen a manqué de courage pour assumer sa nouvelle responsabilité politique en opposant un véto aux égoïsmes nationaux. Les mesures adaptables au niveau des pays sont présentées comme un pragmatisme nécessaire pour mener des actions adaptées aux situations locales.

Il ne s’agit malheureusement que d’un trompe l’œil. Sous couvert de subsidiarité, les pays vont se lancer dans des politiques productivistes destructrices de l’emploi et de l’environnement. L’Union européenne organise ainsi une concurrence sauvage entre ces propres états membres. Elle orchestre la discorde au moment ou la solidarité est si nécessaire.
Les quelques gains arrachés ici ou là ne pèsent rien face à l’effondrement d’un cadre européen indispensable pour répondre à la crise économique et sociale que nous traversons. Cette PAC ne nous prépare pas à répondre au défi plus inquiétant encore du réchauffement climatique et de ses conséquences. Je voterai donc contre l’ensemble de cette réforme. J’espère que dans chacun des Etats membres les citoyens et les paysans parviendront à se mobiliser et à peser sur leur gouvernement pour éviter que cet échec européen ne se traduise en 28 désastres nationaux.

Cette crise agricole était inscrite dans la réforme qui a été votée par la plupart de mes collègues français au Parlement européen, qui a été acceptée par les ministres de l’agriculture des Etats Membres et qui a été soutenue par le syndicat agricole du COPA-COGECA dont la FNSEA est un des piliers.
Je comprends le désarroi de nombreuses agricultrices et agriculteurs qui ont le dos au mur. Cet échec était malheureusement prévisible.
Face à l’ampleur des dégâts, l’urgence absolue est de revoir de fond en comble cette politique agricole commune sans attendre 2020.
Son but doit être de mettre en place la souveraineté alimentaire, de ne plus dépendre dangereusement de l’extérieur pour nos approvisionnements en protéines végétales et d’arrêter de courir après les marchés mondiaux qui ne sont que des miroirs aux alouettes.

Le Parlement européen n’a malheureusement pas la possibilité de prendre des initiatives et proposer de revoir cette PAC. Une agriculture de qualité répartie sur l’ensemble des territoires et entre les paysans, avec des prix couvrant les coûts de production, c’est pourtant simple, non ?