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Sommet agricole : les solutions proposées sur le lait n’apportent aucune réponse aux paysans

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10 septembre 2015

Le sommet européen des ministres de l’agriculture qui s’est tenu hier à Bruxelles n’a apporté aucune réponse aux éleveurs laitiers. La mise en place d’une aide de 400 millions d’euros représente une augmentation de 0,266 cts par litre. Un paysan qui produit 150 000 litres de lait recevra une aide exceptionnelle de 400 euros pour l’année 2015 ou 33 euros par mois. C’est tout simplement ridicule et méprisant. Les autres mesures, paiements en avance des subventions publics, stockages publics et privés ne sont que des rustines mal collées qui n’arrêtons pas les flots de lait.

Depuis 2003, les signaux en provenance de la Commission européenne étaient clairs. La ferme Europe devait gonfler ses muscles et partir à l’abordage des marchés mondiaux. Les gros producteurs de lait et de porcs se sont lancés dans des investissements massifs pour ne pas rater le coche avec l’encouragement de la FNSEA. La production européenne de lait a augmenté de 4,5 % en un an. Les éleveurs américains et néo-zélandais ont suivis le pas en augmentant les leurs de 2,5 %. Résultat : il existe une surproduction mondiale de l’ordre de 2%.

Les prix payés aux éleveurs laitiers se sont effondrés DANS TOUTE l’EUROPE et pas uniquement en France. Ils sont passés de 40 centimes le litre à 30 cts en Europe. Dans certains pays l’effondrement est encore brutal et les conséquences sociales sont dramatiques. En Estonie le prix du lait payé au producteur est passé de 35 centimes en janvier 2014 à 24 centimes en juillet 2015, ce qui équivaut à une baisse de près de 30%. En France, il s’établit à 30 contre 39 centimes. Et Les paysans allemands sont également durement touchés puisque le lait leur ait acheté 28 centimes contre 41. La crise secoue tous les pays de l’Union. Le Commissaire européen refuse de relever le prix d’intervention qui a été fixé à 21 centimes par litre, qui est insuffisant pour couvrir les couts de productions et encore moins en mesure de rémunérer le travail des éleveurs. Et il ne dit surtout pas ce que l’on va faire de la poudre de lait qui va être stockée.

Le pari néolibéral pris par la Commission européenne et soutenu par les gouvernements est perdu. Les marchés mondiaux ne sont pas au rendez-vous. La Russie a fermé ses frontières, la Chine a baissé de 50 % ses importations en provenance de l’Union européenne, et il est bien évident que les guerres au Moyen-Orient ne favorisent pas le commerce. Ce sont les paysans de nos régions qui payent les pots cassés. La PAC mise en oeuvre début 2015 est déjà obsolète.

Pourtant la Commission européenne et le Conseil ne sont visiblement pas prêts à changer de cap. Le 26 aout 2015, Phil Hogan, Commissaire européen à l’agriculture n’hésite pas à déclarer avec un cynisme incroyable que les producteurs sont responsables de la crise puisqu’ils ont augmenté leur production. C’est justement ce qu’on leur avait demandé de faire ! Phil Hogan n’est pas à une contradiction près. Lors de la même conférence de presse, il cite parmi les solutions de la crise la possibilité de signer un accord de libre échange avec le Vietnam. Comme si les Vietnamiens attendaient les européens pour produire du lait et en boire. La vidéo ci-dessous est met en lumière l’incapacité des dirigeants européens et de des différents pays de l’Union européenne à sortir d’une idéologie économique libérale qui ravage à tour de rôle les différents secteurs de l’économie et à intégrer que le monde bouge.
Depuis des décennies, nous nous sommes mobilisés pour la souveraineté alimentaire, c’est à dire pour que chaque région de la planète ait la capacité de produire l’alimentation nécessaire à ces habitants. L’Europe, avec plus de 500 millions de personnes, est le plus grand marché solvable de la planète. Notre agriculture, et notre indépendance alimentaire, ne survivront que si nous nous focalisons sur le développement de produits de qualité, à haute valeur ajoutée, répondant aux attentes de nos concitoyens pour lesquels la préservation, de la nature, de la qualité de l’eau, du bien-être animal sont de première importance. Le marché mondial est un mirage, au sens propre de ce terme. Comme dans le désert, il est toujours présent au loin à l’horizon mais ne se laisse jamais atteindre.