" /> José Bové - Les AOC contre le bœuf aux hormones : la bataille continue !

Les AOC contre le bœuf aux hormones : la bataille continue !

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29 juin 2010

Le 18 juin dernier, le commissaire européen à l’agriculture et au développement rural Dacian Ciolos répondait à l’invitation de José Bové. Pour les 10 ans du procès du MC Do et de la résistance des paysans à la surtaxe du Roquefort aux Etats-Unis, l’Aveyron accueillait pour la première fois un Commissaire Européen à l’Agriculture.



Récemment nommé Commissaire, l’ancien ministre de l’agriculture roumain, connaissait déjà bien le sud de la France et son agriculture puisqu’il a effectué une partie de ses études à Montpellier ainsi qu’un stage en Aveyron. Dacian Ciolos ayant fréquenté les forums sociaux de Porto Alegre, ce n’était pas vraiment un inconnu qui était accueilli à Roquefort.

Au fil de la journée, les discussions ont couverts de nombreux sujets, à commencer par la surtaxe de 300% du Roquefort aux Etats-Unis, depuis 1999 quand l’Europe avait refusé le boeuf aux hormones. Le Commissaire s’est engagé à interpeller à ce sujet les autorités américaines lors de son voyage aux Etats Unis à l’automne prochain.

La nouvelle réforme de la Politique Agricole Commune, effective en 2013, a bien sur occupé une partie importante des discussions. A ce sujet, Christian Roqueirol, pour la Confédération Paysanne, a insisté auprès du Commissaire sur la nécessité d’« une agriculture moins productiviste, plus riche en emploi et protectrice de l’environnement ». Pour ce paysan du Larzac, Ciolos »« nous a compris, mais nous a indiqué qu’il ne ferait pas en novembre prochain des propositions qu’il sait ne pas pouvoir faire passer auprès des 27 pays de l’Union » ». S’il n’a pas promis de rupture pour 2013, il assure que »« la politique agricole commune devra dans l’avenir se fonder sur ces deux mots : diversité et qualité. (…) Nous allons réformer le système de qualité pour que ce soit plus clair et plus visible pour le consommateur. L’échange avec les producteurs a été intéressant du fait de leur très longue expérience de la diversité. » Il a déclaré avoir « bien compris le besoin de soutenir les petits agriculteurs. Il faut trouver de nouveaux outils de maîtrise du marché. Nous ne sommes plus dans un marché européen fermé. On ne peut pas faire l’impasse d’une collaboration avec le reste du monde. Mais compte tenu des spécificités de l’agriculture par rapport aux autres secteurs marchands, il faut développer une ouverture de manière maîtrisée, sans être complètement administré par l’Etat. »

Laurent Reversat, paysan confédéré et représentant du SPLB (Syndicat des Producteurs de Lait de Brebis) à la Confédération de Roquefort reste donc sur ses gardes : « Pour Ciolos, la Souveraineté Alimentaire reste un discours, on produit ce qu’il nous faut dans un pays ou un groupe de pays, mais on ne doit surtout pas être empêché d’exporter ce que l’on veut où l’on veut ! Par contre, contrairement à la précédente commissaire Marianne Ficher Bohl, il a la qualité d’être sincère et de reconnaître qu’il n’a pas tous les pouvoirs. (…) Le fait qu’il vienne de Roumanie le rend sensible à l’agriculture paysanne et à la problématique « petites fermes ». Et je crois qu’il a été interpellé par le brillant exposé du CNAOL (Conseil National des Appellations d’Orgine Laitière). » En effet, une majeure partie de l’après-midi était consacrée à une rencontre de travail avec des représentants des appellations d’origine laitière française sur la spécificité des produits sous IG (Indications Géographiques). Anne Richard, déléguée générale du CNAOL a rappelé que 70% des AOP (Appellation d’Origine Protégée) sont implantés tout ou en partie en zone de montagne, zones souvent difficiles et défavorisées, où les IG constituent une des seules sources d’emploi. Selon les statistiques du CNAOL, à Roquefort, 100 000 litres de lait produits et traités garantissent 7,1 emplois directs. Pour le même littrage, ce sont 2,7 emplois en Savoie et 2,8 emplois pour la production de St Nectaire en Auvergne qui sont maintenus. En système industriel, c’est 0,7 emplois nécessaires pour 100 000 litres de lait. A l’issue de cette réunion, les représentants du CNAOL se sont déclarés très satisfaits de cette rencontre qui leur a permis d’expliquer en détail au Commissaire Ciolos les spécificités et la valeur de nos produits de terroirs. Patrice Chassard, président du CNAOL, a déclaré : »« Nous espérons que cet échange contribuera à alimenter la réflexion de la Commission Européenne sur l’avenir de la politique de qualité et de la PAC et que les propositions qu’elle présentera d’ici la fin de l’année apporteront une réponse à nos attentes ». » Par ailleurs, le CNAOL s’est félicité de la position adoptée récemment par le Parlement Européen dans le rapport Scottà, sur la réforme de la politique de qualité. Il a invité le Commissaire Ciolos à s’en inspirer : »« Nous sommes très heureux du soutien apporté par les députés européens à notre demande de maintien des deux concepts d’Appellation d’Origine Protégée (AOP) et d’Indication Géographique Protégée, ainsi qu’au renforcement du rôle des organisations en charge de ces produits de pouvoir adapter leur potentiel de production aux exigences du marché, sur la base de principes équitables et non discriminatoires. La possibilité de maitriser la croissance des volumes est essentielle pour les produits avec indication géographique afin de garantir la qualité des produits et d’éviter la volatilité des prix. » » a expliqué Patrice Chassard. José Bové quant à lui est satisfait : »« Il y a un conflit avec des Etats membres qui essayent de casser la maîtrise du marché par les quotas de volumes. Le modèle Roquefort présente une cohérence entre la maîtrise et la valorisation. C’est pour ça que la présence du commissaire ici est importante. Roquefort n’est pas un endroit neutre, et Millau non plus, dix ans après le démontage du McDo. Quand on a invité le commissaire, on lui a dit : on a payé le prix fort face aux USA, mais on a gagné contre le boeuf aux hormones. Maintenant, il faut soutenir l’AOC et renforcer les signes de qualité. » » José Bové, depuis le Parlement Européen continuera bien sur à interpeller le Commissaire Ciolos sur ces questions. ((/public/.GBA0414010_s.jpg|Bové parle à Ciolos|R|Bové parle à Ciolos, juin 2010)) La journée s’est conclue à la Préfecture de l’Aveyron à Rodez. Des membres des l’APLI (Association des Producteurs de Lait Indépendants) dont son président Pascal Massol y ont été reçu. Ils ont pu manifester leur opposition aux réflexions peu pertinentes du Groupe d’Experts de Haut Niveau tout récemment publié. Ce rapport n’apporte malheureusement aucune solution à la crise structurelle que traversent les paysans dans de nombreux pays européens. Malgré une très légère remontée des cours du lait, le prix payé aux producteurs continue à être significativement en dessous des coûts de production et les faillites se poursuivent. Et José Bové d’enfoncer le clou : »« La crise financière a montré que le laisser-faire est une hérésie et mène droit dans le mur. Il en va de même pour l’agriculture. L’Union européenne doit prendre les mesures urgentes et nécessaires, pour mettre en place de véritables outils de gestion de marchés qui permettront d’adapter l’offre à la demande pour garantir le revenu des paysans. Seule une maitrise européenne de la production permettra d’apporter des solutions viables. »