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Hillary Clinton ne veut pas de l’Accord de Libre Echange Trans Pacifique et elle a raison

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12 octobre 2015

La liste des traités de libre échange qui se négocient et se signent sur la planète est longue comme un jour sans pain. CETA, TTIP, TAFTA, TTP,…. et je m’arrêterai là. En début de semaine, Obama a annoncé avec satisfaction la signature de l’accord Traité Trans Pacifique (TTP), qui lie dans un accord commercial, une dizaine de pays (Canada, USA, Mexique, Pérou, Chili, Australie, Nouvelle Zélande, Vietnam, Malaise, Singapour et Brunei). Deux jours plus tard, Hillary Clinton qui avait soutenu ces négociations a fait un virage à 180 degrés. En bonne politicienne elle s’est ralliée à la majorité des américains en déclarant qu’elle était contre. Ce faisant, elle n’a fait que rejoindre la plupart des candidats aux primaires, qu’ils soient démocrates ou républicains et qui ont compris l’évidence : le libéralisme n’a pas apporté la sérénité et le bonheur promis par M. Reagan et Mme Thatcher il y 35 ans.

Concernant l’économie, Mme Clinton souligne que de nombreux emplois industriels vont être délocalisés en particulier au Vietnam où les salariés touchent des salaires de misère et n’ont pas le droit de créer des syndicaux indépendants du Parti Communiste. Il est ironique que ce soit les membres d’un parti communiste qui prônent le libre échange que les citoyens américains ne veulent plus. Les vieux principes du XXe siècle, ne peuvent décidément plus servir de boussole pour nous guider dans les eaux profondes du XXIe siècle. Mme Clinton dénonce le fait que les éleveurs laitiers américains ne sont pas compétitifs par rapport à leurs collègues néo-zélandais où l’herbe verte pousse toute l’année. Sur ce point Mme Clinton a également raison car c’est une donnée évidente de la nature que le Commissaire européen à l’Agriculture Phil Hogan n’arrive toujours pas à admettre.

Les critiques de Mme Clinton ne se bornent pas à l’emploi. Elles touchent également les questions environnementales. La candidate à la Maison Blanche craint en effet que les normes sociales et environnementales ne soient revues à la baisse. Visiblement sa confiance dans les entreprises globalisées pour respecter les normes, est limitée. Les agissements de Volkswagen et Audi avec le dieselgate ne sont en effet pas de nature à nous rassurer.

Mme Clinton se trouve également dans une situation singulière. Elle doit donner son opinion sur un traité dont elle ne connait que les grandes lignes. Les détails de cet Accord Trans Pacifique sont encore secrets. La bataille pour la transparence des négociations n’est donc pas gagnée que ce soit côté Pacifique ou côté Atlantique.

Au parlement européen, le soulagement des proTTIP, à l’annonce de la signature du TTP, n’aura donc été que de très courte durée. Pour eux, il était en effet évident que l’Union européenne ne pourrait pas se permettre de rester isolée alors qu’une zone de libre échange englobant 40 % de l’économie se mettait en place de l’autre côté de la planète. Ils espéraient que les légères modifications des tribunaux arbitraux (ISDS en anglais) concédées il y a peu de temps par la Commissaire européenne en charge du Commerce, Mme Cecilia Malstrom, suffiraient pour convaincre les quelques récalcitrants de leurs groupes. L’annonce de Mme Clinton a douché leur enthousiasme et pourrait signer l’acte de décès du TPP et du TTIP.

L’accord Trans Atlantique doit maintenant être ratifié par les assemblées nationales des pays concernés, ce qui sera un chemin semé d’embuches en particulier aux USA.
Notre mobilisation doit se renforcer, non pas pour aller vers un repli nationaliste égoïste, mais pour obtenir la mise en place d’un système de régulation du commerce international respectueux des gens, de leurs cultures, de l’environnement et de la souveraineté alimentaire. J’espère que petit à petit, les hommes et les femmes politiques comprendront que la concurrence acharnée des uns contre les autres aux profits d’une poignée de milliardaires globalisés a causé des dégâts considérables à l’ensemble des habitants de la terre et à la Planète. Nous devons comprendre, et rapidement, que l’interconnexion de nos sociétés est telle que la coopération et l’entraide est la seule solution réaliste. Le revirement de Mme Clinton est donc à ranger parmi les rares bonnes nouvelles de la semaine.